27/05/2014

La face cachée des déficits publics: il manque dix milliards

Du haut de son petit promontoire, une Suisse assez satisfaite d’elle-même (car peu touchée par la crise) contemple avec un brin de commisération ces 28 pays en train d’élire sans grande conviction les 766 députés d’un parlement dépourvu de réels pouvoirs, au contraire du nôtre dont les prérogatives ne s’arrêtent que là où s’interposent, à vrai dire de plus en plus fréquemment, les instruments de la démocratie directe.

Cette Suisse prospère, sans déficit ou presque, à la dette publique en baisse depuis une dizaine d’années quand celle des pays de l’Union européenne presque sans exception ne cesse d’augmenter, cette Suisse-là ferait cependant bien de considérer de plus près l’état effectif de son patrimoine.


Car qu’il s’agisse de son stock de capital physique en mains publiques ou quasi publiques, ou encore de son stock d’actifs financiers censés couvrir ses engagements futurs en matière de prévoyance ou de santé publique, les perspectives ne s’annoncent pas particulièrement brillantes.

Sans jouer les Cassandre ni tirer d’une poignée de cas singuliers une règle générale, on peut s’inquiéter de quelques évolutions récemment mises en évidence, dont il faudra bien à un moment donné faire, et régler, l’addition. Ainsi, exemples parmi beaucoup d’autres, les CFF viennent de reconnaître, en en réévaluant massivement le total, que la seule mise à niveau d’infrastructures obsolètes (donc compte non tenu des investissements rendus nécessaires par l’accroissement du trafic) dépasserait les 2 milliards de francs l’an. L’autre jour également, le Credit Suisse relevait l’état de décrépitude du parc immobilier genevois, dont quatre bâtiments sur cinq n’ont pas été ravalés depuis plus de 40 ans. Et il y a quelques jours, ce journal rappelait l’état de vétusté du plus ancien pont du canton, le pont de Carouge, dont la rénovation, longtemps négligée et désormais coûteuse, est devenue urgentissime pour de simples raisons de sécurité.

Si, faute d’entretien, les murs s’érodent et les ferrures cèdent à la rouille, ces finances publiques dont nous sommes aujourd’hui si fiers (le budget équilibré et même excédentaire de la Confédération, les comptes positifs de 11 cantons sur 26) ne résisteront pas non plus éternellement à l’usure du temps. Trois quarts des caisses publiques de prévoyance ont un taux de couverture de leurs engagements inférieur à 100%, et même une bonne partie de celles qui calculent la valeur actuelle de leur engagements au taux technique de 3% n’atteignent pas ce minimum désormais légal. Or la partie non couverte des engagements futurs représente une charge dont les comptes publics présentés aujourd’hui ne tiennent aucun compte. Idem pour l’AVS, autre fierté nationale, dont le financement fera appel, dans une mesure croissante, à un argent public nulle part provisionné.

En bref et en résumé, les experts de l’administration fédérale des finances ont calculé que, pour maintenir un taux d’endettement stable en proportion du PIB, nos collectivités, Confédération, cantons et communes, devraient dès aujourd’hui dégager chaque année des économies de l’ordre de 10 milliards.

Cette face cachée des déficit publics est un fait universel, mais il est parfois bon de rappeler que même la Suisse ne saurait y échapper.

07:57 Publié dans Dette, Finances publiques, gouvernance, suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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