13/05/2014

Europe: sous la pression populiste...

Le gros de la crise financière est passé, mais les dégâts qu’elle a causés sont tels qu’il n’est pas certain que les économies occidentales, européennes au premier chef, soient tirées d’affaire. Il se pourrait même, s’il n’y est pris garde, qu’elles plongent dans ce qu’à une époque pas si éloignée que cela (c’était en 2009) on avait appelé le «double dip», c’est-à-dire la menace d’une double récession.


Le premier creux a été sévère. Entre 2008 et 2013, le produit intérieur brut a plongé de 6% en Espagne, de 9% en Irlande, et même de 24% en Grèce. L’écart entre le niveau effectif d’activité et le potentiel de production est encore plus important, car si la croissance n’avait pas été interrompue et s’était poursuivie au rythme des années précédentes, le PIB de l’ensemble de la zone euro serait aujourd’hui supérieur de plus de 20% à ce qu’il est devenu. Or le sous-emploi des ressources qui en est la conséquence, à commencer par le chômage, et l’absence totale d’inflation qui l’accompagne et pour cause, jouent tous deux un effet terriblement dépresseur sur l’activité économique : les ménages privés de revenus suffisants compriment leurs dépenses, si bien que, faute de débouchés, les entreprises n’investissent ni n’embauchent, et l’Etat, enfermé dans sa logique de désendettement, renonce à soutenir la demande et contribue même par ses plans d’austérité à la déprimer encore davantage.

Pourtant rien de tout cela ne semble effaroucher les marchés, à l’euphorie un peu vite retrouvée : plus de 15% de hausse en Europe et aux Etats-Unis sur un an. Un peu moins en Suisse (+9,5% pour le SPI), seule économie avancée de quelque importance épargnée par la crise, et donc moins sujette à des sursauts d’activité. Alors qu’ailleurs il a suffi que les conjoncturistes perçoivent une modeste reprise de la croissance, de l’ordre de 1 à 2% l’an, pour que les gouvernants de pays les plus mal en point aient l’aplomb d’annoncer une inversion de la courbe du chômage et l’imminence d’un retournement économique, le Portugal allant même jusqu’à s’affranchir de la ligne de crédit de précaution que lui tenaient ouverte ses créanciers internationaux.

Or un simple calcul montre qu’avec d’aussi faibles taux de croissance aucun pays ne peut espérer rejoindre le plein emploi avant des années voire des décennies. Au taux plutôt optimiste de 2% de croissance annuelle de son PIB (le haut de la fourchette espérée), la Grèce ne retrouverait qu’en 2026 son niveau d’activité de 2008. Au taux plus vraisemblable de 1,5%, ce ne serait pas avant 2039.

Aussi le risque devient-il de plus en plus grand que, sous la pression populiste, des Etats se referment comme des huîtres sur eux-mêmes, renvoyant du coup leurs économies à des lieues encore plus éloignées du plein-emploi, et la crise s’installera alors pour de bon, à l’exemple des années trente.

Bien malins, dans de pareilles conditions, les dirigeants qui réussiront à naviguer entre ces écueils, sachant jouer du multiplicateur de la dépense publique sans faire exploser la dette, et réformer le code du travail dans ce qu’il peut avoir de dissuasif pour l’embauche. Une voie diablement étroite, on l’imagine !

09:35 Publié dans Chômage, Croissance, Europe | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Monsieur Stepczynski,

Je ne suis pas d'accord avec votre vision, disant que les états se referment comme des huitres. Je pense plutôt qu'ils sont contraints, contenus par des camisoles de force qui sont ses politiques de dressage à la connivence et non pas à l'incitation à la solidarité et au développement.

Avant la construction de l'UE, les pays ne connaissaient pas de dettes, et pour certains, très peu, mais jamais dans cette dimension que nous observons aujourd'hui. Et si crises il y avait, elles affectaient moins profondément et moins durablement, elles n'étaient pas marquées de désespoir aussi aigu et d'absence totale de perspectives. L'industrialisation n'avait pas encore atteint vraiment son point critique. C'est le cas aujourd'hui.

Ce billet que je propose à lire ci-dessous semble éloigné, apparemment, du sujet que vous traitez ici: le repli de l'UE et le populisme de ses populations.
Mais immédiatement en contre-pied du populisme, je souligne que jamais les grosses fortunes n'ont autant gagné sans rien produire. Quelque centaines de milliards de dollars (24%) en une année à se partager entre une petite poignée de magnats, et des salaires qui n'augmentent que de 0,5% pour la même période. Ils sont divisés par deux en moins de 15 ans pour l'ensemble des travailleurs, compte tenu de l'inflation et du coût de la vie.
Les professions libérales ressentent aussi cette érosion de leurs revenus. Le populisme réside-t-il dans cette dénonciation?


Je pense qu'il est judicieux d'avoir une vision de l'économie européenne à la lumière de celle mondiale.
L’asthénie de l'U.E face à un monde qui évolue rapidement et profondément n'est pas une fatalité. La perte de son dynamisme est certainement due aux institutions et aux politiques incohérentes et contre-productives que l'UE a adoptées. Son propre confinement (containment) provient probablement de logiques qu'elle n'a pas conçues elle-même mais dictées par la puissance transatlantique qui a ses entrées en Europe comme maître de cérémonie au sommet de l'Union, puis comme pédagogue dans chaque pays de l'UE par le biais des grandes places financières et de l'OTAN.

Est ce que le monde se résume aux USA?

l'Union Européenne croit-elle vraiment que libre échange et la concurrence, ne connait pas de fraude?

Son principal partenaire américain est-il loyal?

Tout cela semble moins sûr que jamais.

Le TTIP (Transatlantic Trade Investment Partnership)est-il destiné à prendre l'UE de court et pour la détourner d'une possible sortie de crise, l'empêcher de prendre un tournant décisif pour son économie?
Ne va-t-il pas la condamner à agoniser pour plusieurs décennies?

Est-ce un hasard que la veille des élections européennes soit habitée de tant conflits et de menaces avec un foyer de déstabilisation (Ukraine) au cœur de son continent?

Pourquoi l'Union Européenne ne choisit-elle pas la voie de l'indépendance et de l'auto-détermination?


http://www.medelu.org/Alerte-Partenariat-transatlantique

Écrit par : Beatrix | 19/05/2014

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