29/04/2014

Monnaie: l'initiative "Vollgeld", une manière de se préparer au pire

Il se lance, comme on sait, beaucoup d’initiatives populaires à propos d’à peu près tout et n’importe quoi. Mais parfois, contrairement aux apparences, un texte à première vue farfelu mérite mieux que le dédain. Ainsi en va-t-il de l’initiative dite Vollgeld («monnaie pleine»), qui veut ni plus ni moins qu’interdire la création de monnaie par les banques, et la réserver à la seule Banque nationale suisse.

Les initiants estiment en effet que la disproportion écrasante entre monnaie centrale (en gros, les billets) et masse monétaire représentée par l’ensemble des dépôts bancaires est la principale source d’instabilité du système bancaire, et la cause directe des crises financières majeures qui en résultent périodiquement.


C’est un fait, largement méconnu (et mal compris même des étudiants en économie voire de leurs enseignants), que les banques créent de la monnaie chaque fois qu’elles ouvrent un crédit, par le simple fait, comptable, que la contrepartie de ce crédit, inscrit à l’actif de leur bilan, est une écriture correspondante inscrite au passif, savoir le dépôt ouvert – ou alimenté – à cette occasion, au nom du bénéficiaire du crédit (une excellente description de ce mécanisme a paru dans le dernier bulletin trimestriel de la Banque d’Angleterre).

Cette monnaie scripturale, qui sert de support à l’immense majorité des transactions puisque la plupart des règlements se font aujourd’hui par virement ou carte de crédit ou de débit, n’est que très indirectement contrôlée par la banque centrale à travers le taux d’intérêt qu’elle applique aux réserves de monnaie centrale que les banques détiennent auprès d’elle.

Cette relative impuissance de l’autorité monétaire à maîtriser l’évolution de la quantité totale de monnaie serait d’un seul coup surmontée si la banque centrale retrouvait le monopole effectif de l’émission de monnaie, seule la monnaie centrale servant alors de monnaie de transaction. L’activité de prêt des banques ne disparaîtrait pas pour autant, mais serait désormais financée à la manière dont fonctionnent les fonds de placement, soit sous forme d’émission de parts souscrites par les investisseurs, qui en supporteraient le risque. Cette couverture à 100% des crédits (au lieu des 3% actuels de ratio d’endettement des banques) rendrait les crises financières impossibles, et la création de monnaie par la seule banque centrale suivrait les besoins effectifs de croissance de l’économie.

L’idée n’est pas nouvelle, puisqu’elle fut avancée en 1935 par Irving Fisher («100% money») et même avant lui par Ricardo, puis par divers représentants de l’école monétariste de Chicago à commencer par Milton Friedman, et plus récemment par Laurence Kotlikoff, dont j’ai parlé ici (TG du 19 décembre 2011). Mais dans notre bonne Helvétie, elle est catégoriquement rejetée y compris par des boîtes à idées d’ordinaire larges d’esprit telles qu’avenir suisse.

Elle vient pourtant de recevoir un sérieux coup de pouce de la part du Financial Times, qui dans une chronique de Martin Wolf en défend la cohérence en tant que solution extrême, si réellement le monde entend bannir tout risque de – nouvelle – catastrophe financière. La «monnaie pleine» n’est sans doute pas pour demain, mais ne vaudrait-il pas mieux, après tout, se préparer au pire ?

09:57 Publié dans Banques, Banques centrales, Monnaie, suisse | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Marre du "too big to fail" !!

Enfin une mesure qui permettrait de régler la question une fois pour toute et de s'en sortir par le haut !

Écrit par : Fufus | 01/05/2014

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