08/04/2014

Ponts, musées, patinoire: où trouver ces millions qui nous manquent

Coïncidence : la semaine même où ce journal relevait (TG du 22 mars) à quels lourds investissements Genève allait devoir faire face ces prochaines années dans le seul domaine de la culture (MAH, Nouvelle Comédie, Grand Théâtre, etc.), l’hebdomadaire britannique The Economist rendait publique une étude du cabinet de conseil McKinsey selon laquelle les besoins annuels mondiaux en infrastructures dépasseraient d’un bon trillion (mille milliards) de dollars les sommes dépensées actuellement à cette fin sur la planète, équivalentes à 2,7 trillions, soit quelque 4% du PIB mondial.

Les bâtiments culturels n’ont certes rien à voir avec les ponts et les chemins de fer, mais ils partagent avec eux leur caractère d’équipements publics aussi nécessaires que coûteux, mais trop souvent, pour cette dernière raison précisément, renvoyés à des jours meilleurs faute de place dans les budgets courants.


Cette insuffisance chronique d’attention portée à l’investissement dans le secteur public est doublement problématique. Premièrement, elle reporte sur les générations futures une charge d’autant plus lourde qu’elle s’ajoute, du fait du vieillissement démographique, à des besoins toujours croissants (et à quel rythme !) en matière de santé, de prévoyance et d’assistance sociale. On sait ensuite que tout report de charge conduit, par le jeu maléfique des dépassements de budget et autres impondérables, à des écarts croissants entre projets initiaux et enveloppes finales. Les Genevois en savent quelque chose.

On ferait donc mieux de tout tenter pour procéder sans délai à la mise à niveau d’infrastructures trop longtemps négligées, y compris en explorant des voies inédites en matière de financement. Le plus simple serait évidemment de profiter des conditions assez exceptionnelles qui règnent actuellement sur les marchés des capitaux et permettent, sinon à l’Etat grec ou portugais, du moins à nos collectivités publiques y compris locales, d’emprunter à long terme à des taux défiant toute concurrence. Les prochains emprunts à 10 ans de certains cantons (Zurich et Berne) sont émis à un taux égal ou à peine supérieur à 1%, et le rendement à l’émission du dernier emprunt de St-Gall à 25 ans (juillet 2013) n’atteignait même pas les 2%. La note AA- que l’agence Standard & Poor’s a confirmée en décembre dernier pour le canton de Genève lui permettrait d’emprunter à des conditions presque aussi avantageuses.

Reste, évidemment, le tabou du frein à l’endettement, difficile à enfreindre. Mais alors, pourquoi ne pas oser le partenariat public-privé, ou carrément la privatisation d’infrastructures que pourraient financer des bailleurs aussi inattendus que des caisses de pensions ou des fonds de capital-investissement.

Rêves que tout cela ? Peut-être. Mais les besoins et les urgences sont telles qu’il faudra bien un jour, et le jour plus proche possible, les transformer en réalités.

08:56 Publié dans Dette, Finances publiques, gouvernance, suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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