01/04/2014

Le gendarme dégaine, les banques tremblent

Ce fut, l’autre jour, comme un coup de tonnerre dans le ciel redevenu presque bleu de la finance américaine. La Réserve fédérale, chargée de veiller à la capacité du secteur à résister à un choc de grande ampleur, a recalé plusieurs grandes banques à l’issue de la troisième vague de «stress tests» organisées en application du «Dodd–Frank Wall Street Reform and Consumer Protection Act». Cette loi par ailleurs contestée, censée éviter la répétition de la chaîne d’événements nés de la crise des subprime (2008), vise au premier chef les groupes bancaires «too big to fail» dont le sauvetage avait coûté des centaines de milliards de dollars au contribuable.


Groupes américains d’abord, depuis 2010. Mais désormais filiales locales de groupes bancaires étrangers aussi, que le gendarme de la finance entend passer à tour de rôle à la moulinette, en les plaçant devant des scénarios extrêmes. En l’occurrence, une violente contraction de l’activité aux Etats-Unis (PIB en recul de 8%), une chute de moitié des actions, et une baisse d’un cinquième de l’immobilier. Les banques qui enregistreraient pour le coup des pertes ramenant leurs fonds propres en dessous du «Tier 1» (5% des actifs pondérés par les risques) devraient prendre rapidement toutes mesures nécessaires pour rejoindre ce ratio minimum et en particulier, cela va de soi, renoncer à verser tout ou partie de la rémunération promise à leurs actionnaires.

C’est précisément ce qui vient d’arriver à Citigroup, qui s’imaginait franchir aisément l’obstacle et avait prévu, outre le rachat d’une partie de ses propres actions, de porter par étapes son dividende trimestriel de 1 à 5 cents par action. Eh bien, le gendarme de la finance a renvoyé la banque à ses chères études, au motif non pas que son capital était insuffisant sur le papier, mais que son plan de capitalisation pour les prochaines années ne tenait pas la route. La banque, en substance, ne se serait pas montrée en mesure d’estimer correctement l’ampleur des pertes qu’elle encourrait en situation de stress.

Si la banque, l’une des cinq plus grandes des Etats-Unis par sa taille, n’est pas capable pour la deuxième fois en l’espace de deux ans de surmonter un test de résistance, c’est sans doute, se disent de plus en plus d’analystes, qu’elle est tout bonnement trop grande ; elle ne serait pas seulement «too big to fail», elle serait aussi «too big to manage».

Va pour Citi. Mais va peut-être aussi pour les quelques dizaines d’établissements, de part et d’autre de l’Atlantique et ailleurs dans le monde, dont le «noyau dur» de capitaux propres (ce fameux «Tier 1»), jugé suffisant dans des conditions extrêmes mais hypothétiques tout de même, ne représente jamais – comme c’est au demeurant le cas de toutes les banques – qu’une fraction minuscule de l’ensemble de leurs engagements, à peine supérieure aux 3% fixés par le Comité de Bâle (Bâle III). Ce ratio de levier, pourtant minime, nos deux grandes banques n’y sont pas encore : le leur n’était que de 2,3% au 1er trimestre 2013. Or, notait la BNS dans son dernier rapport sur la stabilité financière, «UBS a par exemple subi, lors de la crise récente, des pertes équivalant à environ 2% de son exposition totale».

Une paille, 2 ou 3% ? Cela suffirait néanmoins à mettre tout le système financier par terre.

07:07 Publié dans Banques, Etats-Unis, Fiscalité, gouvernance | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Selon les rapports, les réserves américaines sont inexistantes, c'est à dire que tant la banque centrale que les institutions bancaires sont victimes de la politique sociale cautionnée par le gouvernement Obama.

Nous verrons bientôt si le parti républicain confirme la soi-disant reprise économique du pays à mon avis plongé dans un trou sans fin.

Une banqueroute de l'état n'est pas non plus inévitable, c'est plutôt vers cette direction que je dirigerais mes craintes, car vouloir faire payer à de nouvelles banques les forfaits d'une politique économique usée jusqu'à la toile ne risque pas de durer bien longtemps et de déboucher sur un crash dont les causes sont structurelles.

Ce que l'on appel, la désinflation !!

Écrit par : Corto | 07/04/2014

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