25/03/2014

L’inflation se cache-t-elle là où on ne l’attend pas?

Coup sur coup, la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque nationale suisse (BNS) ont révisé à la baisse leurs prévisions d’inflation pour les mois à venir. C’est que, le mois dernier, la hausse des prix à la consommation s’est finalement révélée inférieure à ce que l’une et l’autre avaient pronostiqué. Non seulement cette hausse est moindre que prévu, mais encore elle est inférieure à ce qui, pour diverses raisons, est tenu à Francfort comme à Zurich pour un niveau équivalant à la stabilité des prix telle en tout cas que la visent les deux banques centrales, soit une hausse annuelle de 2% au maximum. Or les prix en zone euro n’ont augmenté que de 0,7% en un an, et en Suisse, la hausse sur douze mois de l’indice des prix à la consommation à fin février est même légèrement négative (-0,1%).

Il y aurait donc, désormais encore davantage que précédemment, un risque de déflation qu’il ne faudrait pas ignorer, même si, de l’avis répété des patrons des deux instituts, Mario Draghi et Thomas Jordan, ce risque reste négligeable. Le mot même de déflation n’apparaît d’ailleurs pas dans le dernier communiqué de la BNS.


Ce parallélisme des évolutions s’arrête cependant là. Car il y a, sur un plan plus général, une différence importante entre la Suisse et la zone euro. Alors que cette dernière, malgré quelques signes encourageants, continue de souffrir dans son ensemble d’une demande asthénique et d’un sous-emploi persistant, et se trouve donc bel et bien menacée par la déflation, l’économie helvétique affiche au contraire l’un des taux de croissance du PIB les plus élevés du monde industrialisé et un taux de chômage d’à peine 3,5%, ce qui en d’autres circonstances laisserait présager une bonne dose de renchérissement.

On peut par conséquent se demander, avec certains analystes, si l’absence d’inflation dans une Suisse pourtant proche du plein-emploi ne serait pas paradoxalement à mettre en relation avec le maintien du cours plancher à 1,20 franc pour 1 euro. Il y aurait, du fait de cette variante particulière de politique des changes fixes, comme un canal de transmission entre le niveau de prix en zone euro et celui de l’inflation en Suisse. Notre propre stabilité des prix serait banalement la résultante, à quelques fractions de pour-cent près, de celle que connaissent nos voisins, et ne devrait rien à la politique monétaire de la BNS, rendue totalement dépendante – pour cause de maintien du cours plancher – de celle suivie par la BCE.

Si cette hypothèse se vérifiait, il faudrait alors s’attendre à ce que l’inflation redémarre chez nous non pas tant ensuite de la – trop – grande quantité de monnaie créée par la banque centrale qu’à partir du moment où, une vraie croissance s’amorçant en zone euro (et elle finira bien par s’amorcer), les prix y reprendraient l’ascenseur. Même en abandonnant alors le cours plancher, la BNS serait bien en peine de contrer un renchérissement essentiellement importé, car il se pourrait dans de telles conditions que, loin de s’apprécier, le franc demeure par la force de l’habitude collé à son cours actuel, voire, pourquoi pas, qu’il subisse des pressions à la baisse.

07:45 Publié dans Banques centrales, Monnaie, Prix | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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