18/03/2014

Genève, une propriété pas si privée que ça

D’abord le constat. Genève, comme toutes les villes-centres d’une certaine importance, attire du monde, qui cherche évidemment à se loger. Dans le même temps, il s’y construit peu, et même de moins en moins si l’on en croit la statistique. D’où une tendance, logique, à la hausse des prix des logements, qu’ils soient loués ou occupés par leurs propriétaires. Précision qui a son importance : les loyers des logements existants sont soumis à diverses réglementations visant à les empêcher d’augmenter plus vite qu’un étalon de référence politiquement correct mais économiquement discutable, qui correspond aujourd’hui à un taux hypothécaire moyen. Autre remarque d’importance : alors que de plus en plus de ménages souhaitent accéder à la propriété de leur logement, les milieux dits de protection des locataires dénoncent une pénurie de logements à loyers abordables et s’opposent, par principe, à l’augmentation de la part de logements en PPE dans les constructions nouvelles. Il y a donc un déséquilibre fondamental entre l’offre, insuffisante, et une demande largement insatisfaite.


Afin de réaliser la quadrature du cercle, savoir favoriser l’accession à la propriété quand les prix montent continûment, l’Etat, qui bloque les prix des terrains en zone de développement à un niveau inférieur aux prix de marché, permet ainsi, vu le mode assez curieux d’établissement des plans financiers pratiqué en matière immobilière (qui fait directement dépendre coûts de construction et marges de promoteurs des prix du sol), de parvenir à des prix de vente accessibles à une partie au moins de la classe moyenne. En contrepartie de ce blocage, l’Etat contrôle les loyers et les prix de vente pendant une certaine durée (10 ans).

Il n’y a pas besoin d’être grand clerc pour comprendre qu’à l’issue de ce contrôle l’écart de prix entre logements contrôlés et logements libres permet de réaliser sans risque une plus-value appréciable, perspective qui non seulement n’est de nature à échapper ni à la perspicacité des «requins de l’immobilier» pointés du doigt par la gauche ni à la vigilance des milieux dits de protection des locataires pour lesquels toute plus-value est synonyme de spéculation, mais encore amène aujourd’hui les plus enragés des opposants, insatisfaits des correctifs proposés par le Conseil d’Etat, à suggérer que l’achat d’un logement nouvellement construit soit réservé aux seules personnes capables d’administrer la preuve qu’elles ne trouvent pas à se loger d’une autre manière.

Il va de soi que ce tir de barrage contre la propriété privée du logement signifie que seuls auraient finalement droit d’investir dans la pierre afin d’en tirer un revenu acceptable les fonds de pensions et d’autres investisseurs institutionnels, mais en tout cas pas les particuliers désireux de diversifier leurs placements en dehors des seuls actifs financiers. Ces investisseurs-là n’auront alors d’autre choix que de chercher leur bonheur dans le parc immobilier existant, où les prix seront de toute façon encore plus inaccessibles, tandis que les institutionnels continueront de bouder un marché genevois décidément trop compliqué et peu rémunérateur. Tristesse.

06:52 Publié dans Genève, Immobilier | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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