11/03/2014

Les retraites des Suisses affectés d'un risque systémique

Depuis l’entrée en vigueur de la prévoyance professionnelle obligatoire (1985), le nombre des caisses de pensions toutes catégories confondues a été divisé par neuf. Alors qu’on en comptait près de 18'000 à l’époque, elles sont à peine plus de 2000 aujourd’hui. Ployant sous les charges administratives et les coûts liés à une réglementation toujours plus complexe, de moins en moins capables, faute d’une gestion suffisamment professionnelle, d’atteindre les objectifs que leur assignent leurs statuts ou tout simplement la loi, faute aussi d’une structure d’âge ou encore de marchés financiers qui leur soient favorables, les plus petites d’entre elles disparaissent, liquidées, fusionnées ou absorbées par plus grosses qu’elles. 


Même si les chiffres sont un peu – et même beaucoup – faussés par le fait que, depuis 2004, l’Office fédéral de la statistique ne recense plus que les caisses fournissant des prestations réglementaires et comptant des assurés actifs (ce qui a fait chuter d’une bonne moitié l’effectif publié des institutions de prévoyance), la concentration du 2e pilier est un phénomène frappant, qui entraîne des conséquences auxquelles le législateur n’avait peut-être pas pensé.

Primo, la dispersion des risques, qui découlait logiquement du grand nombre de caisses, donnait à l’édifice une certaine stabilité, ne serait-ce que parce que l’institution supplétive et le fonds de garantie LPP, qui servent de filets de sécurité pour les assurés des caisses susceptibles de devenir ou carrément devenues insolvables, représentaient avec leur fortune cumulée des formes assez crédibles de réassurance. La taille des caisses, en effectifs d’assurés comme en masse d’avoirs gérés, augmentant de manière inversement proportionnelle à leur nombre, la dizaine de milliards de francs mobilisables par ces coussins de sécurité ne représente plus tout à fait désormais les mêmes garanties.

Secundo, la délégation, de plus en plus fréquente, de la gestion des avoirs du 2e pilier à des fondations collectives ou à des compagnies d’assurance elles-mêmes de moins en moins nombreuses à pratiquer ce genre d’activité, concentre là encore les risques de défaillance, même si les assureurs, aujourd’hui soumis à la surveillance de la FINMA, doivent obéir à un régime prudentiel infiniment plus strict que celui applicable aux autres gérants de fortune, banques comprises.

Il se forme donc au cœur du système complexe de la prévoyance professionnelle une sorte de risque systémique lié à l’émergence d’acteurs «too big to fail», comme certains experts l’ont confié l’autre jour à nos confrères de la NZZ. Les risques sont sans doute ici moins immédiats que ceux qui caractérisent les activités bancaires : les déséquilibres plus ou moins structurels pouvant affliger les caisses de pensions se voient en effet de loin, puisque les données qui sont pour elles déterminantes (niveau des rentes en cours, structures d’âge, espérances de vie et engagements vis-à-vis des assurés actifs, etc.) sont connues, ou en tout cas largement prévisibles. Mais il n’empêche qu’un chapitre nouveau est en train de s’ouvrir dans le catalogue, déjà long, des mesures à prendre pour garantir la solvabilité et la sécurité de notre système financier dans son ensemble.

07:47 Publié dans gouvernance, Prévoyance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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