18/02/2014

Suisse-UE: la resquille, c’est fini !

L’acceptation à une infime majorité (0,67 % des votants) de l’initiative "Contre l’immigration de masse" n’en finit pas d’être analysée, et pour cause. On y aura vu, très généralement, l’expression d’une sourde hostilité ou du moins d’une certaine méfiance de l’opinion helvétique, toutes catégories sociales confondues, à l’égard d’une construction européenne ressentie comme bureaucratique et attentatoire à une indépendance dont les Suisses sont si jaloux.


On peut cependant aussi voir dans ce résultat – voulu par la majorité, mais aussi par la partie minoritaire, là aussi assez peu inférieure à 50% il faut l’admettre, de l’électorat des villes qui s’y sont opposées – la dernière en date des tentatives de persévérer dans la voie, longtemps payante, que des ministres allemands ou britanniques ont pu respectivement qualifier de «Rosinenpickerei» ou de «cherry picking» (littéralement picorage, écrémage) ou encore que les Hauts-Savoyards, parlant des Genevois, qualifient volontiers de pique-meurons. C’est-à-dire une politique délibérée, une manière calculée, égoïste, de profiter unilatéralement d’une situation avantageuse pour soi, de bénéficier de l’accès au grand marché unique des 500 millions d’Européens sans en payer le prix politique, et qui aboutit à ce que l’on colle à ce pays, pour reprendre les termes toujours imagés de ses contempteurs, l’étiquette de «Trittbrettfahrer», de «free rider», bref, de profiteur voire de resquilleur.

C’en est peut-être fini, de la même façon et pour les mêmes raisons que le secret fiscal et certaines singularités en matière d’imposition des sociétés sont en train de tomber sous la pression extérieure. Les règles que peu à peu le monde globalisé se donne, y compris dans sa version courte. l’européenne, ne souffrent plus d’exceptions, fussent-elles helvétiques. On peut protester, mais c’est ainsi. La loi du plus fort n’est pas ici celle de la jungle, mais de la communauté internationale, une communauté à laquelle la Suisse, nolens volens, est bien obligée d’appartenir. Ses diplomates et ses juristes pourront toujours finasser, ils obtiendront au mieux un répit de courte durée.

Les conséquences ? Elles seront, sur le plan économique, que le rythme élevé de croissance que la Suisse a connu durant la dernière décennie ne pourra pas se maintenir (il avait d’ailleurs toutes les allures d’un simple rattrapage, après les médiocres années consécutives au rejet de l’EEE), et que l’entretien de ce qui existe coûtera plus cher qu’auparavant. Ce ne sera pas grave, mais ce ne sera pas tout à fait ce que les initiants et ceux qui ont suivi leur mot d’ordre avaient prévu. Moins de pénurie de logements et moins d’embarras de circulation certes, mais aussi moins de pouvoir d’achat, moins de prestations sociales, et moins d’accès aux soins. Une rentrée dans le rang en somme, et donc une moindre différence d’avec un voisinage dont il n’y aura, du coup, plus beaucoup de raisons de se tenir à l’écart.

07:39 Publié dans Concurrence, Croissance, Démocratie, Europe, Futur, suisse | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | |

Commentaires

"Une rentrée dans le rang en somme, et donc une moindre différence d’avec un voisinage dont il n’y aura, du coup, plus beaucoup de raisons de se tenir à l’écart."
Exactement ce que l'on voulait, en d'autres termes...
Cela dit, s'il est clair que l'acceptation de cette initiative va ralentir l'emballement de la machine suisse, cet emballement nous amenait droit dans le mur de toute façon. Encore une fois, ce n'est pas tant la Suisse qui est (était) bonne que ses voisins qui sont très mauvais, les Français particulièrement, ce qui causait un appel d'air insupportable. Sans la moindre réaction de nos autorités.

Écrit par : Géo | 18/02/2014

"Sans la moindre réaction de nos autorités." Le CF a eu 7 ans pour actionner les clauses de sauvegarde, pourquoi rien a été fait. Cet argument nous avait été vendu avec l'acceptation de la libre circulation...non?

Alors les profiteurs (PLR-PDC-PS)qui ont tout mis en œuvre pour qu'on en arrive là, sont obligés maintenant de trouver les moyens de respecter la parole donnée aux citoyens que nous sommes et qu'ils ont abusés par la suite!

Quand on fait une erreur, il faut toujours s'attendre à en payer le prix! Que nous en pâtissions c'est possible, mais dans le même temps nous avons donné un bon coup d'arrêt à la broullismania et consorts qui bouffait notre territoire à vue d'œil!
Cette valeur là, il semble que les économistes de tous bords ne s'en préoccupent pas une seconde!
Nous....oui!

Écrit par : Corélande | 18/02/2014

Selon les analyses, on a eu tort ou on a eu raison.
Le fait est que l'UE se rebiffe et qu'il va falloir négocier, expliquer qu'on accepte toujours la libre circulation mais qu'on ne veut que la contrôler. Ce n'est pas une rupture de contrat mais une simple adaptation.

Et ce qu'il y a de plus étrange, c'est que tous les pays de l'UE (hormis les plus récents) se plaignent de ces immigrations massives. De l'extrême gauche à l'extrême droite, l'euroscepticisme ne fait que croître. Et pourquoi ? Il serait intéressant d'en analyser les causes. Par exemple la rigidité de lois qui ne considèrent pas les particularités nationales, les différences de climat, le centralisme despotique et technocratique, et peut-être aussi l'immigration massive.

Alors certes un contrat fut signé par la Suisse. Mais lorsque les conditions évoluent, un contrat est toujours renégociable sans remettre en cause l'entièreté du contrat. Et le refus de l'UE montre sa rigidité face à un monde en constante évolution.

A titre d'anecdote je suis tombé sur un site (annexe au site du journal "Le Monde") dont le titre est "Vous recherchez un emploi en Suisse, alors consultez nous". Et curieusement je n'ai pas trouvé de site proposant des emplois dans l'UE.

Écrit par : Lambert | 18/02/2014

Je remercie petard de nous rappeler cette vidéo du député européen G.Bloom:
www.youtube.com/embed/jbLFo02jlH8

Qui est ,aujourd'hui, encore plus d'actualité. Un copier/coller s'impose donc de son discours qui est un régal et Ô combien vrai!

21.11.2013 : Godfroy Bloom, au Parlement européen, Strasbourg : Programme d'action sur la taxation dans l'UE - 2014-2020.

« Eh bien, monsieur le Président. Il me vient une citation du grand philosophe américain Murray Rothbard qui dit : “l’Etat est une institution de voleurs”. A l’extrême. L’imposition est simplement un système dans lequel les politiciens et les bureaucrates volent l’argent de leurs citoyens, pour le dilapider de la plus honteuse des façons. Cet endroit n’est pas une exception. C’est fascinant et je me demande comment vous arrivez à garder votre sérieux en parlant d’évasion fiscale.

La Commission et les bureaucrates de la Commission ne paient pas d’impôts. Vous n’êtes pas assujettis à l’impôt au même titre que les citoyens. Vous avez toutes sortes d’avantages. Taux d’imposition convertis, plafond d’impôt sur la grande fortune, retraites non imposables. Vous êtes les champions d’Europe de l’évasion fiscale et pourtant, vous êtes là, à donner des leçons. Mais bon, les gens de l’Union européenne ont compris le message.

Vous allez bientôt vous rendre compte que les eurosceptiques vont se faire de plus en plus nombreux, en juin prochain. Et plus grave, quand les gens se seront rendu compte de qui vous êtes, il ne leur faudra pas beaucoup de temps pour prendre cette Chambre d’assaut et vous pendre."


Attendons les élection européennes.....!

Écrit par : Patoucha | 19/02/2014

Il y a non seulement les eurosceptiques mais aussi les "désillusionnés" de l'UE ce qui fait que la votation sur la migration, en définitive, pourrait être en ses répercussions un coup de maître helvétique... D'autant plus que le problème des migrations incontrôlées conduit à un ressenti de "hordes déferlantes" fruit de telles migrations. Toutefois, il faudrait prendre garde: quels sont les coupables, les migrants ou, en grande partie, les gouvernants des pays d'origines des migrants?

Écrit par : Marion | 20/02/2014

A travers les commentaires qui sont postés dans tous les journaux suisses et étrangers, les arguments négatifs portent spontanément sur l'Union Européenne. Les citoyens la qualifient de dictatoriale.

Pour ma part, il y a de quoi redouter l'UE. Elle est rigide, froide avec ses politiques absurdes. Elle est une machine à broyer l'humain, une machine à faire perdre les patrimoines collectifs de ses membres, elle les ruine avec des injonctions inhumaines, elle confisque leur souveraineté,elle creuse les inégalités etc.
Mais encore, elle va tout faire pour livrer l'UE aux américains et aux grandes multinationales. Ainsi, l'UE aura un supra gouvernement atlantique.
La justice, la politique, l'économie, la culture, le sport, la santé etc. dépendront des nouveaux barons suprémacistes.

Ce sera le TTIP - Transatlantic Trade Investment Partnership - qui fera valoir ses nouvelles normes en toute chose et il sera exclu pour les États de réclamer quelque droit dans un litige.
Un simple exemple: si une grande société cause des dégâts sur le territoire ou dans les eaux nationales d'un pays, ce sont les normes juridiques véhiculés dans ce TTPI qui seront valables. Ces normes invalident celles du pays en question.
Si le TTIP est ratifié, on peut s'attendre à plus compromettant pour la sécurité de l'humanité lorsque Monsanto imposera toutes ces funestes créations, on pourra toujours geindre et se plaindre, la justice c'est Monsanto ou les USA.

Et ce sont les Présidents des pays qui mandatent une petite équipe au sein du Conseil Européen pour négocier ce TTIP. Négociations secrètes que même les mandants n'ont pas le droit d'être informés des travaux.
C'est le comble! ne pensez-vous pas?

Voilà à quoi sert l'UE. C'est un bouquet de pays offert à la soumission, non pas de la mondialisation (qui ne veut rien dire), mais de ces sociétés mondialistes. Impérialistes! Impératur! Ce n'est pas seulement dans Goldorak.

Je crois que les Européens l'ont bien compris. Ils ont bien lu les textes de ce TTIP. Ils ont pris peur et nous, Suisses, nous en sommes autant effrayés.

Jamais je n'appellerai mes concitoyens à céder aux sirènes des Gauches et des Socialistes à adhérer à cette machine de mort. Eux ont des ambitions de sièges au sommet du monde mais sans pouvoirs réels. Moi, je veux juste vivre en sécurité et léguer à mes enfants un pays et une régions sains, peut-être pas riches, mais stables et paisibles.

Le Saint Marché Unique! Quelle merveille pour les sans scrupules. Et lorsque ce marché unique sera tari, que fera le marché? Va-t-il nous tordre comme la Grèce ou Portugal?

A n'en pas douter, ce marché assiste bien nos intellectuels, voyous ou pleutres, au double langage, au double standard, à la double sémantique et à la double dichotomie, addicts à la punition ou aux représailles. Ils vivent de prébendes et ces dernières suffisent à faire d'eux des capos parmi les travailleurs-pauvres, des demi-dieux au milieu des migrants misérables, de bons serviteurs parmi les compradores qui fuient avec leur magot. Ils sont les chantres de cette économie humanicide dont ils feignent de dénoncer les profiteurs.

Voilà pourquoi l'Union Européenne devient un repoussoir. Ce vote le traduit.

Écrit par : Beatrix | 21/02/2014

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