11/02/2014

Ces remèdes pires que le mal

Le contingentement de l’offre de travail dans lequel tant de Suisses voient leur salut est un exemple typique de ces remèdes qui sont pires que le mal. Ce que l’on entend protéger, l’emploi indigène, dépend au contraire, de manière «contre-intuitive» comme on dit aujourd’hui, d’une libre circulation des personnes et des capitaux, car c’est cette liberté de mouvement qui débride la croissance, seule créatrice d’emplois.


Il y a bien d’autres exemples d’effets pervers de mesures que l’on croit de bon sens. Ainsi, une hausse des taux d’intérêt suffisamment forte pour freiner l’emballement des prêts hypothécaires risque en vérité de provoquer l’effondrement du marché immobilier qu’elle cherche précisément à prévenir! Le bon moyen, ici, serait plutôt de forcer les débiteurs à se désendetter rapidement, en supprimant les incitations fiscales qui les poussent à ne pas le faire. De même s’était-on aperçu, heureusement assez tôt, que les mesures d’encouragement à l’accès à la propriété avaient en définitive pour résultat de faire monter encore plus les prix des logements, et donc d’éloigner toujours davantage le but à atteindre.

L’immobilier n’est de loin pas le seul terrain d’exercice des effets pervers. Voyez celui de la mobilité, ce Graal des temps modernes. Toutes les politiques publiques visant à accroître en son saint nom l’offre de transports ont pour seul résultat que les gens sont encouragés à habiter toujours plus loin de leur lieu de travail, exportant ainsi vers la périphérie les difficultés de logement et de circulation que ces politiques étaient censées résoudre.

Le domaine des assurances sociales et celui de l’assurance tout court sont peut-être, de tous, ceux qui sont le plus exposés à ces effet pervers que les économistes regroupent sous l’appellation d’aléa moral, savoir la tentation à laquelle cèdent les assurés de courir des risques ou d’engager des dépenses qu’ils n’envisageraient pas s’ils n’étaient pas assurés. Les franchises et participations introduites dans l’assurance maladie aux fins louables de freiner la surconsommation médicale aboutissent ainsi au double effet pervers de désolidariser bons et mauvais risques d’une part, et de favoriser cette surconsommation une fois les seuils dépassés d’autre part.

Que dire enfin – retour derechef au thème du logement – des mesures censées protéger les locataires contre des hausses de loyers. Leurs effets pervers sont ici triples, au moins. Primo, elles bloquent toute mobilité entre locataires, interdisant en pratique les échanges entre petits et grands appartements, qui seraient pourtant un bon moyen d’atténuer la pénurie. Deuxio, elles découragent la construction, en détournant les investisseurs potentiels (caisses de pensions, fonds de placement) du secteur résidentiel, insuffisamment rentable. Tertio, les prix des trop rares constructions nouvelles, gonflés par ce qui précède, barrent l’accès au logement aux nouveaux arrivants, jeunes ménages en tête, qui plus que tous autres mériteraient d’être protégés.

«L’enfer est pavé de bonnes intentions» (Balzac, 1832)

14:09 Publié dans Air du temps, Chômage, Concurrence, Croissance, Démocratie, Humeur, suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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