21/01/2014

Contrôle des banques: business as usual...

Est-ce que 2008 vous dit encore quelque chose ? La crise des subprime bien sûr, avec le choc effroyable qu’elle a signifié pour un système bancaire qu’il a fallu sauver in extremis de l’anéantissement et dont le sauvetage continue de se payer au prix fort : crise de la dette publique, récession, chômage, menace d’éclatement de la zone euro, état toujours déprimé de la conjoncture mondiale.

Or ceux-là mêmes qui ont été à l’origine d’un aussi funeste enchaînement se portent aujourd’hui comme un charme. Les grandes banques américaines, les Goldman Sachs et autres JPMorgan, paient sans sourciller des amendes par milliards qui pour autant ne sont pas des pichenettes mais presque par rapport à leurs résultats 2013 (revenus nets de 34 milliards de dollars pour la première et 18 milliards pour la seconde), et distribuent à nouveau d’insolents bonus à des traders qui ailleurs auraient été expédiés derrière les barreaux pour moins que cela. En Europe le sursaut n’est pas aussi spectaculaire, les plus grandes banques affichant néanmoins des résultats compris entre 2 et 4 milliards par trimestre quand certaines étaient encore en perte (Deutsche Bank, Crédit Agricole) ou nettement moins profitables (HSBC) l’année précédente.


Mais, fait plus inquiétant encore, les promesses d’encadrement sévère de l’ensemble de l’activité bancaire à quoi s’étaient engagées les autorités de surveillance réunies au sein du Comité de Bâle sont en train de s’effilocher. Il avait été question, sous le coup de l’émotion initiale, de porter à 3% et sans exception ce qu’on appelle le ratio de levier, c’est-à-dire le rapport entre les fonds propres de base («tier 1») et le total des actifs («exposure») dans et hors bilan tel qu’il devra être calculé à partir de 2015 avant d’être totalement intégré au premier pilier («exigences minimales de fonds propres») de Bâle III au 1er janvier 2018.

Mis en consultation, le projet est revenu passablement caviardé, les milieux bancaires ayant fait valoir que, les définitions n’étant pas les mêmes en Europe et aux Etats-Unis, les banques européennes se trouveraient désavantagées, et que de toute façon un ratio trop élevé handicaperait gravement le crédit et par conséquent la reprise. Leurs gémissements ayant été entendus, les banquiers centraux ont donc assoupli le dispositif prévu, et présenté la semaine dernière une version passablement amendée sur une foule de points trop techniques pour être présentés ici, mais ayant tous pour effet de réduire la portée dudit ratio. Du coup, les actions bancaires ont bondi en bourse, et les communiqués soulagés des lobbies bancaires ont fleuri sur toutes les places.

Il faut pourtant savoir de quoi on parle. De quelque manière qu’on le définisse, un ratio de levier d’à peine quelques points de pourcentage n’empêchera jamais des banques de sombrer, d’abord dans l’illiquidité, puis dans l’insolvabilité, en cas de baisse simultanée de tous les actifs, comme cela s’était produit il y a six ans. Avec un ratio tel que prévu, 3% de baisse sur leur exposition totale, ce qui par les temps qui courent n’aurait rien d’inimaginable, suffiraient déjà à ramener leurs capitaux propres à zéro.

On continue donc à danser sur la corde raide.

07:58 Publié dans Banques, Futur, gouvernance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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