07/01/2014

Il y a quinze ans, l’euro

Le 1er janvier 1999, après des décennies de tentatives de rapprochement plus ou moins réussies entre monnaies nationales, naissait enfin l’euro. Scriptural d’abord, mis trois ans plus tard en circulation sous forme d’espèces sonnantes et trébuchantes dans une douzaine de pays, il est à ce jour la monnaie commune des dix-huit membres actuels de l’Union économique européenne (UEM), sous-ensemble de l’Union européenne fragilisé par la crise de la dette d’où, par raccourci de langage, l’expression abusive de «crise de l’euro».


Il n’y a pas crise de l’euro, à preuve sa persistance, alors qu’on l’avait déclaré successivement mort-né, moribond, mal formé et donc condamné à terme. Il y a en revanche crise de confiance dans les mécanismes mis en œuvre pour asseoir sa curieuse posture de monnaie unique de pays demeurés souverains dans la plupart des matières qui habituellement accompagnent un monopole d’émission conféré à une banque centrale : unicité de contrôle bancaire et financier (la fameuse «union bancaire», prônée mais non encore réalisée), délégation de pouvoirs budgétaires réels à l’autorité supérieure (alors que le budget de l’Union européenne équivaut à peine à 1% des PIB réunis de ses membres, moins qu’une paille), indépendance de ladite banque centrale (alors que le Conseil des gouverneurs de la BCE est aux trois quarts formé des gouverneurs des banques centrales nationales qui la composent, ou plutôt composent ce qui est en réalité le Système européen de banques centrales, dont la BCE n’est que l’organe exécutif).

Aucun régime monétaire n’est éternel, a fortiori celui de l’euro, dont les bases sont juridiquement tarabiscotées et économiquement flageolantes. Mais ceux qui annoncent périodiquement sa déchéance et expliquent pourquoi son éclatement est programmé omettent de tenir compte de sa caractéristique essentielle, qui est d’être le fruit d’une volonté politique. Aussi longtemps que cette volonté prévaudra (et il y a de bonnes chances qu’elle prévale longtemps, car elle est également ce qui tient l’Union européenne debout, et on voit mal que cette Union disparaisse), l’euro, malgré tous ses défauts, résistera.

La crise a fait que l’Union européenne est tombée en disgrâce, de sorte que tout ce qui vient d’elle est tenu pour responsable des malheurs – le chômage, l’insécurité, la baisse du pouvoir d’achat – qui frappent le simple citoyen. A contrario, il est permis d’imaginer que lorsque la crise, après un nombre encore indéfinissable d’années, sera enfin passée, les humeurs se ressaisiront et la confiance reviendra.

2014 pourrait à cet égard être assez décisive. Même si la croissance restera molle, surtout au sein de la zone euro, on verra ici et là, y compris au Sud où il se fait particulièrement attendre, l’emploi commencer à se redresser, et avec lui les finances publiques. Et si la confiance revient, l’investissement repartira, financé par un crédit bancaire qui ne demandera que cela, tant les liquidités abondent. Or l’investissement est le moteur de toutes les reprises. Même les économistes non keynésiens vous le diront.

 

 

 

Commentaires

L'euro est clairement en bonne partie responsable de la crise, les keynésiens comme Krugman ne cessent de le rappeler et sur ce point ils ont raison. L'euro a créée une illusion d'union qui a fait croire aux marchés un certain temps que la GR était aussi sûre que l'D ou presque, ce qui a fait baisser les taux à des niveaux beaucoup trop bas dans les pays du Club Med. Aujourd'hui, l'euro empêche la dévaluation dans ces pays, ce qui les contraint à des politiques austéritaires politiquement explosives et économiquement contre-productives. L'euro ne va pas survivre et va probablement emporter l'UE avec lui, car plus la crise va s'aggraver, plus la seule solution vraiment efficace va s'imposer: les pays créanciers doivent quitter la zone euro, de manière à permettre une dévaluation de ce dernier et ainsi un soulagement immédiat et massif sur le front de la dette.

Écrit par : Larry | 07/01/2014

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