12/11/2013

La dîme pour résoudre la crise ?

Début octobre, au moment des assemblées annuelles des institutions de Bretton Woods (Fonds Monétaire International et Banque Mondiale), un gros pavé est tombé dans la mare lorsque, sous le titre évocateur de Taxing Times (qu’on pourrait traduire par : «voici venu le temps des impôts»), le FMI a rendu public le dernier numéro de son Moniteur des finances publiques, sa revue semestrielle des affaires fiscales.

Le monde entier a sursauté, car les auteurs de ce rapport suggèrent (mais au tout dernier paragraphe du dernier encadré et, à titre d’exemple seulement, pour un échantillon d’une quinzaine de pays de la zone euro) ni plus ni moins qu’une taxation unique et forfaitaire de 10% de la fortune nette des ménages pour tourner définitivement la page de la crise actuelle, puisqu’un tel prélèvement suffirait d’après leurs calculs pour ramener la dette publique à son niveau de 2007. Plus généralement,  les experts du FMI conseillent de s’intéresser aux tranches supérieures de revenu et de ne pas oublier les impôts fonciers car, expliquent-ils, «en principe les impôts sur le patrimoine présentent un potentiel considérable de recettes avec des coûts d’efficience relativement faibles».


Si l’idée – qui n’est d’ailleurs pas nouvelle ­– de taxer la fortune pour réduire la dette a fait bondir tout ce que la planète compte de défenseurs de la propriété privée, elle a au moins le mérite de la cohérence intellectuelle. Voyez plutôt : à l’heure actuelle, le laborieux et pénible effort de réduction des dépenses publiques freine le retour de la croissance au lieu de la stimuler. Du coup, les déficits se creusent là où l’on attendrait qu’ils diminuent, de sorte que l’encours de la dette augmente même si le solde primaire – manière de parler pour se rassurer – présente un excédent. Dans de pareilles conditions la Grèce et le Portugal ne s’en sortiront jamais, et avec eux l’ensemble de la zone euro continue de frôler l’éclatement.

Dans le secteur privé de l’économie, on a compris depuis longtemps que le seul moyen pour une entreprise plombée par les pertes de se tirer d’affaire consiste pour elle à les amortir d’un coup plutôt que de compter sur le temps pour assainir son bilan. D’où, par exemple, les impressionnants «correctifs de valeur» auxquels certaines banques ont dû procéder il y a une vingtaine d’années pour s’extirper de la crise immobilière et sans lesquels, aujourd’hui encore, elles traîneraient comme autant de boulets leurs créances sur d’imprudents promoteurs.

Le problème, avec la dette publique, c’est qu’une façon aussi radicale d’effacer l’ardoise serait le fait du débiteur lui-même et non de ses créanciers. Or ces derniers, en l’occurrence les porteurs de titres de la dette ou plus largement les détenteurs de patrimoines, se trouveraient doublement sanctionnés par cette forme inédite de «répression financière» : non seulement ils ont épargné, eux, au lieu de dépenser, mais encore ils se retrouveraient seuls à supporter la remise en ordre des finances de l’Etat. Ce serait la cigale et la fourmi à l’envers.

Mais comme le relèvent avec un brin de cynisme les experts du FMI, ce qui compte en définitive, c’est l’efficience.

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Commentaires

Cette mesure ne serait absolument pas "efficiente", du moment qu'elle ferait éclater la bulle (qui n'attend qu'une chose: que le créancier marginal vienne à manquer). La seule mesure réellement efficace, c'est la dévaluation monétaire (non pas par rapport aux autres monnaies par des interventions de la banque centrale, mais bel et bien une dévaluation interne par décision législative). Elle diviserait immédiatement les dettes (et les avoirs correspondants) sans pour autant créer de panique. C'est cette mesure qui avait permis à la machine de repartir dans les années 1930.

Écrit par : Larry | 12/11/2013

C'est drôle, à vous lire l'on pourrait croire que vous êtes soudain devenu keynésien... Qui aurait pu croire au temps du Journal de Genève qu'un jour vous écririez un billet comme celui-ci...

Plus intéressant est le fait que le FMI se met à proposer de taxer non tous les producteurs de revenus mais les "ménages"...

Cela veut dire que les libéraux sont devenus maintenant des sortes de socialistes comme les autres, ou tout au moins leurs alliés... Il manque de l'argent dans la caisse, qu'à cela ne tienne il suffit d'augmenter les impôts sur les individus... pour rembourser dans le cas des libéraux, les énormes pertes financières qu'ils ont eux-mêmes générées...

Tous les libéraux sont aujourd'hui en train de se cacher derrière l'Etat et de faire appel au peuple-providence, c'est assez intéressant...

en matière de responsabilité...

Écrit par : quidam | 12/11/2013

@ quidam

Quiconque se cache derrière ou en appelle à l'État n'est pas libéral. Marian Stepczynski n'a jamais été un libéral pur, il a toujours été un keynésien (modéré). Ce n'est pas sur le site de la Tribune de Genève (même pas dans les blogs) que vous allez lire des opinions réellement libérales, pour cela, il vous faut élargir quelque peu votre horizon.

Écrit par : Larry | 16/11/2013

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