05/11/2013

Mieux vaut être riche et bien qualifié…

Même le très libéral The Economist, revenant sur une récente étude de l’OCDE, en convient : partout l’écart entre hauts et bas salaires s’est fortement creusé au cours des dernières décennies, et la part du travail à la valeur ajoutée totale n’a cessé de diminuer, l’un expliquant en partie l’autre.

En cause, de nombreux facteurs allant de la mondialisation à la généralisation des nouvelles techniques fondées sur les TIC, qui éjectent les travailleurs faiblement qualifiés d’une production de plus en plus automatisée ou délocalisée et concentrent le revenu entre les mains de ceux des salariés, grands patrons et indépendants aux savoirs pointus, les mieux à même de capitaliser pour leur compte les effets du changement.


Rien dans tout cela n’est radicalement nouveau mais donne du grain à moudre aux partisans d’un frein à la libre circulation des personnes et peut-être davantage encore aux adversaires de la libre circulation des biens, puisque c’est elle qui détruit, à court terme, le plus d’emplois dans les branches soumises à la concurrence internationale.

Il y a plus intelligent à inférer de cet élargissement de l’écart entre hauts et bas revenus. L’OCDE, qui a étudié en détails la question, en souligne la conséquence la plus perverse : si on laisse aller les choses, on risque tout bonnement de réduire encore davantage la croissance, qui est pourtant la seule manière de créer des emplois. Car en laissant fondre la part du travail dans le partage de la valeur ajoutée, on pioche dans le revenu disponible de ceux qui consomment proportionnellement le plus. Marx n’est plus très loin…

Pour autant, avertit l’Organisation, ce serait une grave erreur que de revenir sur les acquis de l’ouverture des marchés, et de toute façon le progrès technique est un processus irréversible. La seule manière d’éviter que les inégalités ne continuent de se creuser et ne débouchent sur la révolution, c’est, répètent les experts, de travailler sans relâche au relèvement des qualifications professionnelles (aider les travailleurs à se doter des compétences nécessaires pour gagner «la course contre la machine», écrit l’OCDE), et peut-être aussi de jouer plus finement de l’arme fiscale dans ce qu’elle peut avoir de redistributeur sans devenir pour autant confiscatoire. En clair, il faut à la fois renforcer la part des dépenses de formation dans les budgets publics et réfléchir à des impôts plus adéquatement répartis. Sans oublier, bien sûr, le resserrement de la «discipline fiscale», ne manque pas de rappeler l’Organisation qui est aussi, comme on sait, le domicile du GAFI.

Voilà de quoi méditer à la veille d’un scrutin populaire à la portée symbolique bien plus vaste que les enjeux auxquels on est parfois tenté de le réduire.

08:25 Publié dans Chômage, Concurrence, Croissance, gouvernance, salaires, revenus | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

Commentaires

Les causes de la part croissante du profit dévolue au capital n'est pas à trouver dans les facteurs énoncés, mais au fait que la dette étatique est une dette "vierge d'emplois", l'État ayant la mauvaise habitude de cumuler ses dettes au lieu des les rembourser. La recette profondément étatiste proposée ne fait donc qu'aggraver le problème. Les "dépenses de formation dans les budgets publics" ne font qu'engraisser les enseignants, classe déjà massivement privilégiée, et étendre l'endoctrinement étatiste. Comme l'écrit l'enseignant new-yorkais John Taylor Gatto (nommé "enseignant de l'année" de NYC en 1989-91 consécutivement et "enseignant de l'année" l'État de NY en 1991) dans ses excellents ouvrages, l'école étatique obligatoire ne fait qu'uniformiser la pensée et tue l'esprit d'entreprise et l'innovation. La plupart des grands entrepreneurs sont tous des "drop-outs", c'est-à-dire ils n'ont pas fini leurs études ou ne sont même pas allés à l'uni. Les Chinois n'ont aucun problème à former d'excellents ingénieurs tout aussi qualifiés que chez nous, mais ils n'ont pas la même tradition d'enseignement privé créant des esprits innovants.

http://www.amazon.com/Weapons-Mass-Instruction-Schoolteachers-Compulsory/dp/0865716692

http://youtu.be/qbhQ7aepvkg

Écrit par : Larry | 05/11/2013

La mondialisation reste un sujet de discorde. Du côté des entreprises, tout le monde est à la recherche de main d'oeuvre de plus en plus qualifiée; tous sont à la recherche de solutions pour limiter les couts et augmenter la performance... et, plus de place pour des personnes non qualifiées. La mondialisation suit la loi de l'évolution naturelle...
Ce qui reste à faire, c'est effectivement savoir s'adapter et faire le tout pour que chacun réussisse. Mais ce ne n'est pas facile...

Écrit par : helvetica | 11/11/2013

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