15/10/2013

USAM, USS, même combat

Par un singulier rapprochement, l’Union Syndicale Suisse (USS) rejoint l’Union suisse des arts et métiers (USAM) dans son opposition au durcissement de la loi sur les cartels.

L’hostilité du petit patronat ne date pas d’hier ; elle se manifestait déjà il y a une soixantaine d’années lors des premiers balbutiements de la législation suisse en matière de concurrence. En revanche celle du monde syndical, habituel pourfendeur du pouvoir économique tel qu’incarné par les cartels et les monopoles, est plus surprenante. Elle était apparue il y a deux ans à l’annonce du projet de révision de la loi de 1995 présenté par le Conseil fédéral, et vient de se manifester une nouvelle fois par le report, à une très courte majorité, de son examen par la Commission de l’économie et des redevances du Conseil national (à la différence de celle du Conseil des Etats, qui l’avait accepté moyennant quelques retouches en mars dernier).


Ce brouillage complet des signaux habituellement clairs envoyés par le monde syndical (du moins tels qu’ils ont régulièrement été envoyés durant la longue et laborieuse histoire de la lutte contre les cartels en Suisse) trouve un début d’explication dans l’aveu lâché par le syndicaliste d’Unia membre de ladite commission. On ne peut séparer la question des prix de celle des salaires, s’est-il défendu en substance. En clair: pourquoi faire baisser les prix (ce qui est en définitive le but assigné au renforcement de la concurrence) s’il en résulte une pression sur les salaires.

Justifier fût-ce implicitement des prix élevés par le fait qu’ils autorisent des salaires élevés, c’est tout d’abord faire complètement fi du mode de formation des salaires dans une économie de marché qui fonctionne correctement, et admettre qu’ils sont en réalité le résultat d’arrangements cartellaires et non d’une libre rencontre entre l’offre et la demande de travail. Or des salaires ainsi arrangés n’ont le plus souvent rien à voir avec des prix d’équilibre (le salaire est le prix du travail), et sont de ce fait l’une des sources du chômage.

Mais chut, il est interdit de traiter les syndicats de cartels, et d’ailleurs les législations anticartellaires se gardent bien d’englober les accords salariaux dans leur champ d’application. Politiquement trop explosif.

Au lieu d’accepter l’amélioration d’un outil jouant un rôle essentiel en matière d’efficacité économique, lobbies syndicaux et petits patronaux défendent ainsi un statu quo qu’ils jugent préférable à la remise en cause des arrangements, il est vrai confortables, qu’ils ont passés sur le plan domestique (construction, commerce de détail), chose impensable à l’international où la concurrence règne. Arrangements confortables, mais coûteux pour le reste de l’économie et singulièrement les consommateurs, dont le pouvoir d’achat, limé par des prix surfaits, est bien loin de correspondre à des salaires censément parmi les plus élevés du monde.

07:59 Publié dans Concurrence, Prix, salaires, revenus, suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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