09/10/2013

Marché des devises: La main dans le sac

Lorsque, en juin dernier, la Financial Conduct Authority (l’équivalent britannique de notre Finma, désormais aussi à l’œuvre) annonça ouvrir une enquête sur de possibles manipulations de cours des devises, il était déjà de notoriété dans les milieux professionnels du courtage que de subites et importantes variations se produisaient régulièrement sur le marché des changes quelques dizaines de secondes avant le fixing londonien de 16h, quand s’établissent les cours auxquels les banques se réfèrent pour comptabiliser les ordres d’achat et de vente reçus des innombrables entités (entreprises, fonds de placement, administrations publiques, etc.) formant leur clientèle, cours auxquels se réfèrent également ces mêmes entités pour arrêter, comme les normes d’audit leur en font parfois l’obligation, la valeur de leurs positions nettes en monnaies étrangères.


 

Tout cela pour souligner l’importance pratique de ces cours de référence, non seulement pour le bon fonctionnement d’un marché des devises sur lequel s’échangent quotidiennement entre 3000 et 5000 milliards de dollars, mais aussi pour le bon ordre de l’ensemble des activités transfrontalières, qu’elles soient commerciales ou financières, qui en dépendent. Un écart de quelques fractions de pourcent peut enrichir d’un seul coup le trader astucieux qui, en initié qu’il est des ordres à venir de la clientèle, anticipe pour son propre compte leurs effets sur les cours (en se livrant à ce qu’on appelle du front running). Mais il peut aussi appauvrir les clients dont les ordres auraient la malchance d’être exécutés au mauvais moment.

L’affaire n’est pas sans rappeler le scandale du Libor, objet lui aussi de manipulations. A une notable différence toutefois : dans ce dernier cas, ce sont des banques qui s’entendaient pour annoncer des taux d’intérêt censément «offerts», sans lien nécessaire toutefois avec des transactions ayant effectivement lieu. Le dommage collatéral existait, mais il était le même pour tous, savoir des taux un peu plus élevés, ou un peu plus bas, que si les banques en cause n’avaient pas menti. Les manipulations de devises, elles, sont d’une autre gravité. Elles sont sources directes d’enrichissement illégitime et causent du tort à une infinité d’acteurs jusques et y compris peut-être aux banques centrales. En Bourse d’ailleurs, lorsque des opérateurs coupables de front running sont pris la main dans le sac, ils risquent la prison.

Peu réglementé jusqu’à présent, et même pas réglementé du tout en tant que tel puisque marché de gré à gré, le marché des devises – le Forex, comme on l’appelle – pourrait bien dorénavant passer sous les cautèles de la régulation internationale.

07:12 Publié dans Banques centrales, Monnaie, Prix | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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