01/10/2013

Comparaison n’est pas toujours raison

L’Allemagne d’Angela Merkel souffre-t-elle, comme cela a été affirmé à réitérées reprises pendant la campagne électorale, d’un gros retard dans ses infrastructures ? Pour savoir ce qu’il en est au juste, un détour s’impose par la comptabilité nationale telle que l’OCDE, notamment, l’établit pour l’ensemble de ses membres. Or que disent les chiffres ? Eh bien oui, si l’Allemagne n’est pas trop mal lotie en matière de formation brute de capital fixe (les investissements, dans la terminologie statistique) quand on la compare à certaines des économies occidentales, elle demeure assez loin derrière d’autres, et notamment assez loin de la Suisse.


Au cours des vingt dernières années, soit depuis sa réunification, la part du PIB de l’Allemagne consacré à la formation de capital a tendanciellement baissé, pour revenir de quelque 20% à 17% et des poussières seulement. L’Italie a connu à peu près le même sort, tandis que le Japon, longtemps champion toutes catégories du bétonnage (qu’il paiera cher au début des années 90 et qui continue de grever lourdement le bilan de ses banques), se retrouve aujourd’hui, avec une proportion du PIB consacrée aux investissements fixes légèrement inférieure à 20%, soit aux deux tiers du niveau à tous points de vue excessif qu’il connaissait à l’époque. France et Royaume-Uni ne brillent pas par un effort d’investissement particulièrement élevé, qui se maintient en proportion de leur PIB, sur toute la période, à de faibles 19% et 15% respectivement. En Suisse en revanche, cette part du PIB dédiée à la formation de capital fixe s’est constamment maintenue au dessus des 21%, rejointe en cela depuis quelques années par les Etats-Unis, qui affichaient en 1991-1992 une part dérisoire d’à peine 10%. Effort payant, puisque le PIB helvétique à prix constants (PIB réel) s’est accru en vingt ans d’un peu plus de 37% (l’américain même de 73% !), alors que celui de l’Allemagne progressait de 32% à peine, et celui de l’Italie, d’un misérable 17%.

Par tête d’habitant, l’image est un peu différente : durant cette même période, le PIB réel de la Suisse ne s’est accru que de 19%, alors que celui de l’Allemagne augmentait de plus de 28%, mieux que celui de la France (+23%) et surtout de l’Italie (+10%), mais bien moins que celui des Etats-Unis (+35%).

Quelle conclusion tirer de tous ces chiffres? Ces comparaisons laissent perplexe, car il ne semble pas y avoir de relation claire entre l’effort d’investissement et la croissance que ce dernier devrait pourtant soutenir. Une analyse plus fine de la formation de capital fixe permettrait d’y voir plus clair ; sans doute n’est-elle guère utile lorsqu’elle se concentre dans la pierre, comme l’Espagne en a fait la douloureuse expérience, y consacrant jusqu’à 31% de son PIB en 2007...

 

 

 

08:45 Publié dans Démocratie, Europe, gouvernance | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Lorsque les autorités sont interrogées au sujet de problèmes importants... ces auorités n'ont-elles pas pris l'habitude de comparer leur pays aux autres qui vont encore moins bien... Myriam Belakovsky

Écrit par : myriam belakovsky | 03/10/2013

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