23/09/2013

Inflation: fuyons le zéro comme la peste !

L’inflation zéro fut jusqu’à tout récemment un dogme absolu pour les banques centrales. Et pour cause : à la suite du premier choc pétrolier, l’ancienne relation que l’on avait longtemps cru déterminante, la fameuse «courbe de Phillips» (le taux de chômage évoluant en sens inverse de la hausse des prix), ne fonctionnait plus, et les tentatives de relance de la demande ne faisaient que déboucher sur de la «stagflation», fâcheuse coexistence d’inflation et d’absence de croissance, génératrice de chômage.


D’où la longue période de stabilité des prix, parfois surnommée la Grande Modération, qui résulta de l’abandon des politiques keynésiennes au profit de politiques dites de l’offre, faites de dérégulation et de maîtrise de la création monétaire, qui permirent aux économies de renouer avec la croissance et – dans une mesure limitée – avec le plein emploi.

Mais voilà, la crise financière a déboulé sans crier gare, obligeant les Etats à voler au secours de leurs banques pécheresses, faute de quoi le monde entier aurait basculé de la Grande Modération à une réédition, en pire, de la Grande Dépression des années trente. On y a échappé, au prix cependant d’un endettement public monstrueux, rendu possible, et dans une certaine mesure supportable, par des politiques monétaires extraordinairement généreuses ayant pour objectif, et pour effet, de plaquer les taux d’intérêt à zéro.

Un malheur n’arrivant jamais seul, ces taux voisins de zéro précipitent les épargnes dans ce qu’on appelle une trappe de liquidité : si le taux d’intérêt est nul et l’inflation inexistante, voire négative comme c’est pratiquement le cas aujourd’hui, la consommation ne peut redémarrer, puisque la détention de monnaie est à tous points de vue préférable à la dépense. Par conséquent, le seul moyen dans ces conditions de relancer la machine, et subséquemment de réduire le chômage, est de tout mettre en œuvre pour obtenir des taux d’intérêt réels négatifs, soit, les taux nominaux ne pouvant tomber en dessous de zéro, encourager une – légère – inflation, mettons de 1 à 2%.

Certains hurluberlus par ailleurs nostalgiques de l’étalon-or dénoncent dans cette démarche ce qu’ils considèrent comme une fuite en avant conduisant à l’insolvabilité des banques centrales dont les bilans hypertrophiés par l’achat massif de titres d’Etat et autres instruments «pourris» (sic) basculeront dans une inflation galopante. Ouf !

La vérité est heureusement plus simple. Les liquidités créées en abondance par le «quantitative easing» (ces achats massifs de titres) pourront et devront être épongées au fur et à mesure du redressement de l’activité, qui se produira précisément lorsque au danger, encore présent, de déflation se sera substitué le retour à une évolution normale des prix dans l’économie.

 

 

12:57 Publié dans Monnaie, Prix | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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