17/09/2013

Suisse: Tout va très bien, Madame la Marquise ?

Ce pays va bien, très bien même, son économie a résisté à la crise, le taux de chômage y est plus bas qu’ailleurs, et les perspectives conjoncturelles qui l’attendent tranchent sur la grisaille ambiante. Pourtant, on devine ça et là quelques motifs de préoccupation.

La balance des paiements de la Suisse – son fond d’œil en somme – présente depuis une vingtaine d’années des évolutions révélatrices d’une transformation progressive de ses structures productives qui pourrait à la longue entamer sa capacité concurrentielle et la détrôner des premières places qu’elle occupe invariablement au classement des meilleures performances qu’aiment à calculer les IMD et autres WEF du genre.


Il y a d’abord l’érosion continue de la part de l’industrie dans les revenus d’exportation. Ce «syndrome hollandais», version helvétique, s’explique avant tout par la forte poussée des services, qui évincent en quelque sorte le secteur traditionnel des machines et appareils au point que, depuis 2008, les exportations de services dépassent année après année le niveau qui était celui des exportations de biens en 1990, et que l’écart entre ces deux composantes de la balance des revenus ne cesse de se creuser. Grâce surtout à l’industrie chimique et pharmaceutique, mais aussi à l’industrie horlogère qui va de succès en succès sur les marchés étrangers, les exportations de biens de consommation compensent dans une certaine mesure la stagnation des ventes de biens d’équipement, inférieures l’an dernier de 10 milliards de francs à leur niveau de 2008. Mais l’horlogerie sera-t-elle toujours là pour défendre nos couleurs ? Les arbres, après tout, ne poussent pas jusqu’au ciel.

Que les exportations de services l’emportent peu à peu sur celles de biens est certes le propre d’une économie hautement développée, et il n’y a pas là, en soi, de quoi s’alarmer. Pourtant, si l’on ajoute que la part des services bancaires, longtemps dominante, ne cesse depuis la crise de se réduire, la perspective change. Ce sont les exportations de «services à contenu technologique» (licences et brevets pour l’essentiel) qui augmentent le plus, au point d’y représenter désormais la première source de recettes. Mais les importations dans cette catégorie de services progressent encore plus vite, au point que le solde net des échanges y est négatif depuis 2010.

Bref, à quelques heureuses exceptions près, le commerce extérieur de la Suisse ne brille plus du même éclat que naguère. Côté marchandises, la part de la Suisse aux exportations de la zone OCDE a passablement baissé : proche de 2,3% au milieu des années 90, elle dépasse à peine 2% aujourd’hui. Et côté services, la contribution du secteur bancaire à la balance des paiements n’est pas près de retrouver son niveau d’avant-crise. Pour un pays qui gagne un franc sur deux à l’étranger, il y a là de quoi s’interroger.

07:35 Publié dans Industrie, suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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