10/09/2013

Loyers et retraites: incohérences fédérales

La Commission de la prévoyance professionnelle recommande au Conseil fédéral de porter le taux d’intérêt minimal (taux auquel sont rémunérés les avoirs des assurés) de 1,5 % à 1,75 % au motif que les marchés – donc les taux en général – tendent à s’améliorer, cependant que l’Office fédéral du logement annonce que le taux d’intérêt de référence (taux hypothécaire applicable aux contrats de bail) «se situe désormais à 2,00 % et a donc baissé de 0,25 point de pourcentage par rapport à sa dernière publication».

Assurés et locataires se frottent les mains, mais comment ne pas voir le manque crasse de logique qui caractérise et même oppose ces deux décisions. Car si par hypothèse les rendements financiers servant de base à l’appréciation de la Commission LPP devaient confirmer leur tendance récente à la hausse, il serait impossible que dans le même temps les taux hypothécaires s’affaissent dans la mesure évoquée par l’OFL.


Or la réalité contredit assez largement ces deux scénarios. Il y a bien lent retour de la confiance et progressif redressement des marchés financiers, mais on demeure loin, très loin de l’amélioration qui justifierait une hausse du taux minimum LPP. Les assureurs, qui ne sont certes pas des anges, mais savent calculer les risques et sont contraints par la loi de n’en pas courir, considèrent que le taux retenu par la majorité de la Commission ne sera pas tenable, vu les charges de tous ordres que doivent supporter les institutions de prévoyance. S’y conformer néanmoins reviendra à continuer de piocher dans les contributions des actifs pour financer des retraites trop élevées.

A l’inverse, il est probable que les taux hypothécaires aient cessé de baisser, et même certain qu’ils s’apprêtent à remonter si ce n’est déjà le cas, comme l’observent les sites comparatifs. Ce serait d’ailleurs assez logique, puisque les taux à long terme sans risque, tels les rendements des obligations de la Confédération sur lesquels les taux hypothécaires tendent à s’aligner, sont en nette hausse depuis le milieu de l’année. Mais voilà, ceux qui servent de référence pour le calcul des loyers sont notés quatre fois par an, et c’est celui du 30 juin qui est entré en vigueur le 3 septembre…

A vrai dire, il serait infiniment préférable que loyers et rentes ne soient plus subordonnés à des algorithmes légaux systématiquement en décalage avec les réalités économiques, et se conforment plutôt à l’évolution effective des données démographiques et financières qui les sous-tendent. Mais la matière est sans doute trop sensible pour qu’il y ait quelque espoir de la voir un jour échapper au jeu des forces politiques.

07:45 Publié dans Prévoyance, Prix, Taux d'intérêt | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Bravo, excellente observation!

Écrit par : Ronald ZACHARIAS | 10/09/2013

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