27/08/2013

La méthode Coué revisitée

Ce n’est pas tout à fait ça, mais cela y ressemble beaucoup. Testé d’abord aux Etats-Unis et importé depuis lors en Europe, le forward guidance, nouvel instrument des banques centrales, fonctionne un peu à la manière de la méthode Coué : il consiste à livrer à des marchés tout ouïe des indications précises sur l’orientation que prendra la politique monétaire dans un futur déterminé. L’autosuggestion consiste en ceci que l’évolution préannoncée amène les opérateurs à s’y conformer par anticipation, et par conséquent à rendre superflue toute démarche active de la part de l’autorité monétaire.


Cette conduite de la politique monétaire par la parole a jusqu’ici assez bien fonctionné. D’une certaine manière, la Banque nationale suisse y a elle-même recouru en répétant à qui voulait l’entendre que la fixation d’un cours plancher demeurerait en vigueur aussi longtemps que nécessaire. Hormis de brèves périodes initiales d’agitation internationale ayant fait jouer au franc son rôle traditionnel de valeur refuge, la BNS n’a pas eu à intervenir pour imposer ce plancher : les marchés ont fait le travail, et le franc n’a plus bougé d’un iota.

Ailleurs, il en est allé à peu près de même lorsque, par exemple, Mario Draghi a précisé que les taux directeurs de la BCE resteraient «à leur niveau actuel ou plus bas pour une période prolongée». Idem à la Banque d’Angleterre, qui entend «maintenir les taux d’intérêt à 0,5% tant que le taux de chômage restera supérieur à 7%». L’expérience la plus formalisée est toutefois celle que mène la Réserve fédérale américaine, dont le taux des fed funds demeurera compris entre 0% et 0,25% aussi longtemps que 1° le chômage restera supérieur à 6,5%, 2° l’inflation à venir ne dépassera pas de plus de 0,5% l’objectif visé à long terme (2%), et 3° les anticipations d’inflation à long terme «continueront d’être bien ancrées».

Il y a toutefois des risques et des limites à cette forme oratoire de la politique monétaire. Que les banques centrales se trouvent précocement confrontées à l’obligation de changer leur fusil d’épaule, et c’en sera fait de la magie du verbe. Imaginons que l’inflation reparte plus vite que prévu (en Allemagne, les prix des produits alimentaires ont bondi) : il sera difficile alors pour la BCE de tenir longtemps encore sa promesse.

Pendant longtemps, la règle d’or des banques centrales a été de garder le secret sur les délibérations de leurs comités monétaires. Il fallait pensait-on surprendre les marchés, faute de quoi les mesures envisagées perdraient toute efficacité. Désormais, on croit l’inverse : c’est dans la transparence totale et même l’annonce préalable des intentions de l’autorité monétaire que résiderait la crédibilité de son action. On verra bien.

 

 

09:57 Publié dans Banques, Banques centrales, Monnaie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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