20/08/2013

Sauvetage d’UBS : que des gagnants ?

Tous comptes faits, le repêchage in extremis d’UBS en octobre 2008 n’aura rien coûté au contribuable, et laissera sans doute même apparaître (outre le gros milliard empoché par la Confédération moins d’une année plus tard sur la revente des 6 milliards qu’elle avait prêtés à la banque) un coquet bénéfice pour la Banque nationale suisse, qu’on peut évaluer à 3 ou 4 milliards, correspondant à la part qui lui reviendra sur l’actif net du «SNB Stabfund», le fameux fonds de défaisance qui réunissait les actifs toxiques encombrant le bilan d’UBS et que cette dernière a pu désormais racheter intégralement. Ouf.


Il n’y aurait ainsi que des gagnants là où l’on pouvait redouter, selon la tournure que risquaient de prendre les événements, une très lourde facture de nature à plomber les comptes de la Confédération et surtout obérer durablement la crédibilité sinon la solidité de la BNS puisque, dans une première évaluation des dégâts, on avait estimé à quelque 60 milliards de dollars le montant nominal des actifs repris par le Stabfund.

Le redressement des marchés – donc la chance, puisque ni la Confédération ni la BNS n’ont le pouvoir d’en influencer l’évolution – a joué en faveur des secouristes, qui par la même occasion ont sauvé le système bancaire helvétique de la paralysie totale, tant UBS occupait alors, et occupe toujours, une position centrale dans tous les compartiments de la finance, du trafic des paiements jusqu’à la gestion de fortune en passant par le crédit aux entreprises et l’épargne des déposants. Un chiffre, pour en situer l’importance : à fin 2006, le total du bilan d’UBS atteignait pratiquement la moitié de celui de l’ensemble des banques suisses (3200 milliards). A cette échelle-là, il n’était plus question de ratiociner. Aucun autre pays n’a jamais dépendu à ce point de la destinée d’un seul établissement bancaire.

Dans ces conditions, réussir à sauver une banque clé tout en réalisant une confortable plus-value constitue une performance que l’on n’a rencontrée qu’aux Etats-Unis et encore. On serait presque tenté de réitérer l’opération si d’aventure l’occasion devait se présenter à nouveau. Mais trêve de plaisanterie : il n’y aura pas de nouvelle fois, parce que les coups de chance ne se reproduisent pas deux fois, et surtout parce que les verrouillages mis en place depuis lors pour empêcher les banques de faillir ne l’autoriseraient pas.

Cela étant, il serait faux de rester sur l’impression que le sauvetage d’UBS n’a fait que des gagnants. En face de la poignée de milliards gagnés par l’autorité politique et monétaire, il y a les 70 milliards de capitalisation boursière de la banque partis en fumée depuis juin 2007, et les lourdes pertes qui en ont résulté pour les portefeuilles des actionnaires privés et institutionnels. Frôlant les 10 francs en novembre 2008 alors qu’il caracolait encore à près de 74 francs à fin 2006, le cours de l’action UBS s’est certes redressé depuis lors (19.25 francs à la clôture de vendredi), mais la banque n’est, boursièrement parlant, plus que l’ombre d’elle-même ; son poids dans l’indice SMI n’est aujourd’hui que de 7%, alors qu’il rivalisait naguère, avec 14%, les poids lourds de la cote que sont toujours Nestlé (21%), Novartis (19%) et Roche (17%). Tout est donc relatif.

 

 

07:16 Publié dans Banques suisses, Dette, Finances publiques, gouvernance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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