16/07/2013

Pensions et retraites: cherchons experts en marc de café

L’Office fédéral des assurances sociales (OFAS) lance un appel d’offres pour un projet de recherche ayant pour objet «la définition d’une fourchette de rendement réaliste qui puisse servir de référence acceptable lors des discussions concernant le taux de conversion minimal fixé dans la loi sur la prévoyance professionnelle». Autrement dit, que ceux qui pensent pouvoir prédire l’évolution des marchés financiers ces prochaines années s’annoncent ! Il leur sera versé, s’ils remportent le concours, un modeste défraiement de 150'000 francs.


Puisque, comme le remarque très justement l’Office, «l’avenir n’est ni une répétition du passé, ni une poursuite ad aeternam du présent», on a quelque peine à imaginer que puisse, de la lecture du marc de café par les heureux élus, surgir une vision à peu près claire de ce que sera, dans cinq ou dix ans, le rendement nominal des placements des caisses de pension (rendement, rappelons-le, dont découle le taux technique servant de base, avec les tables de mortalité, à la détermination des capitaux de couverture nécessaires au versement des rentes promises).

Pour mettre les experts sur la piste, le même Office rappelle qu’actuellement le Conseil fédéral suppose que les institutions de prévoyance obtiendront en moyenne à long terme un rendement de 3,5 à 4%. On ne sait pas très bien sur quoi nos sept Sages se basent pour avancer pareille prévision, mais si l’avenir devait leur donner raison, cela signifierait que le taux technique de référence devrait être plus proche des 2,5-3% que des taux aujourd’hui utilisés par les caisses de pensions (la différence servant à la couverture des risques et des frais administratifs). La conséquence en serait que le taux de conversion du capital en rentes devrait, à terme, descendre bien en dessous des 6% (alors que, rappelons-nous en, sa réduction à 6,4% a été balayée en votation populaire…)

Réaliste ? Pas réaliste ? A vrai dire personne ne sait, pas même les plus sagaces des bailleurs de fonds qui accordent sans sourciller des hypothèques à 2,5%, à taux fixe pendant dix ans, sur un marché immobilier encore surchauffé. La seule chose dont on soit à peu près sûr, c’est que l’éventail des estimations d’ores et déjà affichées varie du simple au double. Les économistes des syndicats parient ainsi volontiers sur un retour aux rendements moyens d’avant la crise (ceux qui justifiaient un taux technique de 4%), tandis qu’à l’opposé les assureurs imaginent difficilement des rendements très supérieurs à 3%, et suggèrent donc, implicitement, un taux technique sensiblement inférieur à cette limite.

Coupons donc la poire en deux et pronostiquons un compromis à la Suisse, qui donnera raison à l’estimation du Conseil fédéral… 

09:34 Publié dans Financement des retraites, Futur, Prévoyance | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

Commentaires

Le 2ème pillier était basé sur l'hypothèse que les rendements seraient toujours suffisant. Ce fut une erreur fondamentale. Maintenir le système (au dépend du 1er pillier) ne profitant qu'aux intermédiaires financier.

Quand est-ce que des économistes dignes de ce nom oseront prendre ce genre de position !

Écrit par : Djinus | 16/07/2013

Il est a noter que la banque UBS (qui n'est pas la seule) n'a absolument rien compris de la débâcle des subprimes.

Je suis au regret de prédire qu'aucun expert n'aura plus de chiffres à manipuler.
Tout simplement parce que, à l'avenir, il n'y aura même plus de marché financier ... à ce rythme.

Désolé ... d'avance.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 22/07/2013

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