09/07/2013

Le vain débat sur un salaire minimum

A ma gauche, les appels syndicaux en faveur d’une juste rétribution du travail, élément essentiel de la dignité humaine et subsidiairement pourvoyeur d’un revenu suffisant pour couvrir les besoins matériels de chaque ménage. A ma droite, l’argumentaire classique, et même néoclassique, qui s’appuie sur la logique économique pour rappeler que la fixation d’autorité d’un prix (d’un salaire) trop élevé réduit en soi les quantités échangées, en l’espèce le nombre effectif d’emplois disponibles à ce prix.


 

Partisans et adversaires de l’idée de salaire minimum s’affrontent ainsi sur deux terrains différents. Le travail pour les premiers aurait une dimension irréductible à sa seule valeur marchande, tandis que les seconds le réduisent au rôle de facteur de production substituable aux autres. Ils n’ont pas tout tort, puisque dans les pays ayant fixé un salaire minimum (SMIC ou son équivalent) trop haut, on observe une productivité élevée coexistant avec un chômage important, signe que les entreprises ont arbitré entre machines et main-d’œuvre au profit de celles-là. La France en est un bon exemple, où le produit intérieur brut (PIB) par heure travaillée est l’un des plus élevés de tous les pays de l’OCDE, et dépasse même celui de l’Allemagne ou de la Suisse.

Cette productivité élevée, qui compense en partie des coûts salariaux supérieurs à la moyenne et peut donc être considérée, dans la balance, comme un élément positif du point de vue de la compétitivité, a cependant un revers. Elle implique que le chômage ne peut baisser que si le taux de croissance du PIB est suffisant pour compenser et les gains de productivité et l’augmentation de la population active. On est aujourd’hui loin du compte, car même si, toujours pour la France, la productivité n’augmente plus guère que de 1,3% l’an (entre 2010 et 2011) et que le nombre d’heures travaillées y est pratiquement stable, il faudrait une augmentation annuelle du PIB nettement supérieure à 1% pour simplement maintenir le niveau actuel de l’emploi, alors que les perspectives de croissance, même dans l’hypothèse la plus optimiste, ne dépassent guère 0,3% aux dernières nouvelles.

Un salaire minimum digne, mais néanmoins trop élevé pour que le chômage ait une quelconque chance de baisser, peut également être considéré sous un autre angle. Qu’il soit fixé par la loi ou qu’il résulte de la négociation entre partenaires sociaux, il revient en définitive à protéger les travailleurs au bénéfice d’un emploi de la concurrence de ceux qui n’en ont pas. Cette forme d’exclusion du marché du travail, qui fait des chômeurs les victimes d’une mesure censée restaurer la dignité humaine, n’est jamais évoquée par ceux qui s’en proclament les défenseurs.

07:53 Publié dans Prix, salaires, revenus | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

Commentaires

Comme vous êtes économiste, votre analyse se situe sur le plan de la macroéconomie et bien évidemment elle "tient la route". Rien à redire à cela !

Je ne suis cependant pas certain que tous les "working poors" de notre pays partagent votre point de vue. Tout le monde n'a pas la chance de comprendre la relation qui existe entre le taux de chômage et l'augmentation du PIB ! En revanche ceux que ces subtilités économiques dépassent considèrent que les mois sont de plus en plus longs et qu'il n'y a pas concordance entre la fin du mois et le revenu disponible pour y parvenir.

Cela dit, je ne suis pas un partisan du revenu minimum, car à mon sens, il permet à certains patrons de simplement respecter la loi ! Même en arrimant le salaire minimum à l'indice du coût de la vie, il pourrait bien, à terme, s'appliquer à un nombre croissant de travailleurs, toujours dans la plus parfaite légalité !

Le salaire minimum : une fausse bonne idée ?

Écrit par : Michel Sommer | 11/07/2013

Est-ce question du nivellement par le bas ?
Il me semble que oui.
Dans ce cas, l'aventure fut tentée dans nombre de pays communistes et nous savons que la concurrence est morte là-bas.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 14/07/2013

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