02/07/2013

Poids, ou surpoids, du secteur bancaire

Une controverse très académique mais de portée plus large qu’il n’y paraît au premier abord est en train de se développer à propos de la part effective du secteur bancaire dans la valeur ajoutée totale. Le débat entre ceux qui la situent aux alentours des 6% (l’Association suisse des banquiers l’an dernier) voire 10% (le BAK en 2005) et des chercheurs d’un centre de recherche liechtensteinois (le KOFL) qui viennent de la rapetisser à 4% seulement tombe à un drôle de moment, puisque les banques ne sont pas précisément en odeur de sainteté depuis le sauvetage de certaines d’entre elles à coups de milliards et l’implication d’un nombre indéterminé d’enseignes helvétiques dans diverses affaires d’aide à l’évasion fiscale au détriment, notamment, des Etats-Unis.


Cette remise en cause de la contribution du secteur bancaire à la richesse nationale laisse songeur. Elle rappelle d’une certaine manière l’approche marxiste de ce qu’on appelle aujourd’hui les services, à commencer par le commerce, jugé parasitaire, et la finance, tout aussi improductive, qui n’apporteraient aucune valeur ajoutée mais ne feraient que nourrir les intermédiaires de tout acabit, seule la production de biens matériels ayant une véritable valeur.

On sait ce que la portion congrue réservée à ces activités dans la version stalinienne de la vulgate marxiste a eu comme effet sur les économies centralement planifiées du Comecon : une pénurie intermittente de denrées essentielles conjuguée à une profusion de marchandises inutiles, avec pour résultat une arriération technologique, un gaspillage de ressources et finalement un recul du revenu réel qui, vingt-cinq ans après l’effondrement du bloc socialiste, n’est pas encore comblé.

Dans nos économies de marché qui ont heureusement échappé à cette funeste parenthèse, le rôle de l’intermédiation financière est incontestablement positif, et la contribution des banques à la valeur ajoutée totale certainement supérieure à zéro. Mais elle n’est pas non plus infinie, et des analyses sérieuses en amoindrissent l’importance. Une étude du BAK Basel, présentée en mai dernier à Berne, arrive par exemple à la conclusion qu’une quote-part trop élevée du secteur financier, quelque part au dessus de 8%, freine la croissance au lieu de la soutenir. Plus prosaïquement, des investisseurs institutionnels ou privés auront constaté – comme The Economist dans une récente édition – que des placements en Bourse aléatoirement choisis dégagent en moyenne des performances supérieures à celles auxquelles parviennent les bataillons de gérants et d’analystes professionnels des banques.

Mais dans le monde quantitatif qui est le nôtre, l’utilité n’a rien à voir avec la croissance. Les accidents de circulation ne contribuent-ils pas à la valeur ajoutée, puisqu’ils donnent du travail aux ambulanciers et aux carrossiers…

07:58 Publié dans Banques, Croissance | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Que dire de la Goldman Sachs alors ?

http://www.rts.ch/docs/histoire-vivante/a-voir/4939151-histoire-vivante.html

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 08/07/2013

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