25/06/2013

Des taux à 3% mettraient un nouveau propriétaire sur sept en difficulté

La brutale chute des cours boursiers intervenue la semaine dernière nous donne un avant-goût de la sauce à laquelle nous serons mangés lorsque les taux d’intérêt, ramenés à zéro ou presque par les banques centrales, retrouveront leurs niveaux normaux, soit, pour les taux hypothécaires appliqués aux débiteurs suisses, quelque part entre les 4 et 5% qui ont prévalu entre le milieu des années 60 et le début des années 2000 (avec même, on s’en souvient, une pointe à 7% au début des années 90).


Ce n’est pourtant pas faute d’avoir été prévenus. Qu’il s’agisse de la Réserve fédérale américaine, de la BCE ou de notre Banque nationale suisse, toutes avaient clairement laissé entendre que les politiques monétaires extrêmement expansives mises en place à seule fin d’éviter que l’économie dans son ensemble ne tombe en profonde récession n’étaient pas destinées à durer indéfiniment. Tôt ou tard viendrait le moment où il s’agirait d’éponger les liquidités mises, hors de toute orthodoxie et à une échelle sans précédent dans l’histoire, à disposition des banques. Il en résulterait alors une remontée des taux d’intérêt qui pourrait être si soudaine que bien des emprunteurs pourraient être pris à contre-pied – à commencer, s’agissant de la Suisse, par les intervenants, acheteurs ou promoteurs, présents sur le marché immobilier. La BNS n’en fait pas mystère: dans son dernier rapport sur la stabilité financière, elle calcule qu’une remontée du taux hypothécaire à 3% suffirait à placer 15% des nouveaux propriétaires au dessus d’une charge financière supportable communément fixée à 35% du revenu au maximum. Et à 5% – taux, encore une fois, qui fut de règle pendant trois bonnes décennies – ce ne sont pas moins de 40% des propriétaires qui se trouveraient dans ce cas. Il y a donc quelques soucis à se faire.

D’autant que les banques, surtout cantonales et Raiffeisen, ont continué l’an dernier, et continuent toujours, de prêter allègrement, malgré les appels à la raison de l’autorité monétaire. A fin avril 2013 (dernier chiffre connu), le total des créances hypothécaires en comptes suisses avoisinait les 856 milliards, dont un bon tiers pour les seuls banques cantonales qui depuis 2008, et dans une proportion de plus en plus marquée, dépassent la part de marché traditionnellement revenue aux grandes banques. Mais en termes relatifs, c’est l’exubérance dont font preuve les banques Raiffeisen en matière d’octroi de crédits qui devient préoccupante : en quatre ans, de fin 2008 à fin 2012, elles ont accru leurs prêts hypothécaires de plus de 36%, alors que la progression n’était «que» de 24% pour les banques cantonales, et de moins de 7% pour les deux grandes banques.

Les risques ne sont donc pas seulement du côté des emprunteurs. Ils touchent également les banques prêteuses, d’abord parce qu’une partie importante, voire dominante, de leur portefeuille d’actifs est constituée de prêts hypothécaires accordés à une clientèle qui s’est endettée à la limite du supportable, mais aussi parce que ces banques se sont engagées pour des durées souvent longues en se refinançant à des sources qui pourraient subitement se tarir, dans l’hypothèse par exemple où leurs déposants, reprenant un certain goût pour des rendements supérieurs, se tournaient vers des formes de placement plus rémunératrices que les comptes d’épargne à 0,05%…

09:03 Publié dans Banques centrales, Dette, Immobilier | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

Commentaires

Ce n'est pas tellement le taux hypothécaire qui est préoccupant. C'est l'insouciance avec laquelle les gens empruntent et la légèreté avec laquelle les banques prêtent.

J'ai connu les taux que vous citez - entre 5 et 7 % - et franchement je me demande comment on peut être inquiet en annonçant un taux à 3 % à moins d'avoir eu les yeux plus gros que le ventre face à un prêteur qui n'y voyait aucun inconvénient. Au contraire.

A qui la faute ?
Les banques n'ont visiblement pas jouer le rôle de conseillères face à des citoyens lambda peu au fait des dangers du crédit à long terme.

Écrit par : Michel Sommer | 27/06/2013

n'ont pas...joué
Malheureusement une fois envoyé, on ne peut plus corriger le commentaire...

Écrit par : Michel Sommer | 28/06/2013

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