18/06/2013

Leçons d’histoire de l'ex-DDR bonnes à prendre

Il y a 60 ans jour pour jour, les chars soviétiques réprimaient dans le sang la première révolte populaire du bloc socialiste, faisant une cinquantaine de morts dans les rues de Berlin-Est.

Trois ans plus tard, un 28 juin, les ouvriers des usines Cegielski de Poznań se mettaient en grève et descendaient dans la rue aux cris de “zadamy chleba !” (nous réclamons du pain). Le soulèvement sera lui aussi écrasé par les chars, préfiguration du sort qui sera réservé en novembre de la même année aux insurgés de Budapest. Puis se succéderont en une tragique litanie la brutale interruption du Printemps de Prague (août 1968), les émeutes de la Baltique (Gdynia, décembre 1970), l’état de guerre (décembre 1981), l’enfermement des militants du KOR et l’interdiction du syndicat Solidarność. Tant de centaines de vies compromises pour parvenir finalement, moins d’une décennie plus tard, à la chute du Mur, à l’effondrement de l’URSS et à la réunification de l’Allemagne.


 

Tout cela pour rappeler deux choses : l’état de délabrement économique dans lequel un régime totalitaire a laissé, en quarante années d’obstination à détruire de la valeur, un pan entier de l’Europe d’après-guerre, mais aussi le redressement exceptionnellement rapide que ces anciennes friches industrielles ont connu depuis lors, grâce pour partie aux aides reçues de l’Union européenne et bien sûr à une soif de rattrapage, mais pour partie également à des stratégies économiques intelligemment dosées. Le chemin à parcourir avant de rejoindre le niveau de vie de la partie occidentale du continent sera, pour plusieurs de ces anciens «pays de l’Est» comme on les qualifiait dédaigneusement, encore long et semé d’embûches, mais les résultats sont là: des taux de croissance, après le plongeon initial, proches de la moyenne des pays émergents, un chômage équivalant à celui de la France d’aujourd’hui, des comptes publics et une inflation eurocompatibles.

Par contraste, l’ancienne DDR – les «nouveaux Länder» en langage politiquement correct – qui pourtant a reçu de sa riche consœur la RFA une aide massive en moyens physiques et financiers tout à la fois, peine à se remettre sur pied et affiche aujourd’hui encore des taux de chômage élevés et une faible productivité. En cause manifestement, le remplacement à la parité du mark est-allemand par le Deutsche Mark imposé par le chancelier Kohl, qui a d’un seul coup bouleversé les rapports de pouvoir d’achat et ruiné la compétitivité est-allemande.

Ces événements, qui ont fait du centre de l’Europe un véritable laboratoire d’expérimentations «macroéconomiques «in vivo», devraient nous conduire à relativiser les maux dont souffrent en ce moment les économies riches du monde occidental ; lorsque leur stock de capital est tel qu’il n’appelle plus que des investissements de renouvellement, que la consommation de biens durables y est largement satisfaite et que le gros de la dépense privée ne s’y oriente plus que vers les loisirs, la santé et la prévoyance, les périodes de stagnation conjoncturelle qu’elles peuvent parfois traverser ne sont, vraiment, qu’un moindre mal.

11:40 Publié dans Chômage, Croissance, Démocratie, Europe, Union européenne | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | | |

Commentaires

Excellente analyse.

La Roumanie a du payer les dettes de guerre ce qui a provoqué une asphyxie totale du système, Ceausescu ayant décidé de tout rembourser avant 1990.

En même temps, il s'est mis en tête de développer toutes , je dis bien toutes sortes d'industries , alors que le pays était connu pour son agriculture.

Il en a crée des travailleurs socialo-communistes à base de paysans dociles et désireux de participer au développement du pays et du projet socialo-communiste.

Le canal Danube-Mer Noire fût un cimetière à ciel ouvert, dans lequel prisonniers politiques, contestataires du régime et soldats ont péri à la gloire du régime.

Dans vos pires cauchemars, vous n'aurez jamais suffisamment d'imagination pour décrire ce que fût l'enfer socialo-communiste et ses méthodes.

La Roumanie reste et demeure un pays riche, malheureusement gangrené par la corruption balkanique et ottomane, des résidus encore présents dans la mentalité des gens.

Bien à vous,

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 18/06/2013

pour qui quelles leçons la DDR pourrait vraiment donner?

Tout comme pour beaucoup d'allemands, ne suis pas du tout d'accord avec votre analyse.
ai vécu à Berlin-West, connu l'époque de la DDR. à Berlin d'où me témoignent ceux qui ont vécu et souffert, amis, famille restée là-bas. Ils ont payé très cher, depuis la baisse de conditions sociales au salaires sans smic, ont du exécuter au pas de marche les "sacrifices" de Schröeder pour financer la "réunification", soutenir à bout de bras une économie ex-DDR au développement mort-né

si tel était le cas, ce serait plutôt du côté "ex-RDA" que des leçons seraient à tirer: d'autant qu'aucun autre pays de l'UE ne s'est imposé à un tel rythme un tel régime budgétaire!

les mesures prises pour remonter le niveau Dmark + l'éco DDR ont été drastiques, supportées par les contribuables ex RDA où effets & conséquences subsistent aujourd'hui pour bon nombre

avec précarités d'emploi généralisées (hyper diplômés inclus), mesures sociales réduites au raz des pâquerettes, sur base de refonte de l'ensemble des systèmes sociaux à exécution immédiate type militaire, salaires horaires à 2.50 euro imposés etc,

bref: un ensemble de gestion "à la Tatcher" subi par la RDA pour payer la réunif! quelles leçons donnerait la DDR?

du point de vue citoyens ex RDA, aucune, pour qui bien au contraire l'ex DDR

- brilla par son absence d'efforts après réunif,

- engendra pour une majorité des classes moyennes ex RDA des surcoûts exorbitants en termes d'impôts, baisses sociales, niveau & qualité de vie tous azimuts, le goût amer de la "génération sacrifiée"

- ne fourni à "l'Allemagne réunifiée" que honte et exemples négatifs à l'instar de la Stasi,
- population DDR aux schémas mentaux sociaux ancrés dans un type d'organisation communiste avec prise en charge de tout & pour tout, corruption-collusions-clientélisme-copinages inclus, le tout sur fond de profond manque de connaissances pros à compenser/pallier

on est loin de leçons à apprendre de la DDR, pour les allemands ex RDA qui ont du la tenir à bout de bras! que moult exemples & mauvais souvenirs, à ne répliquer sous aucun prétexte! à propos, c'est dans ce contexte que j'ai travaillé bénévole au lancement du TAZ (quotidien berlinois de gauche)

die Frage ist aber anders
pour ce qui est de l'entrée dans l'espace Schengen de la Roumanie & Bulgarie:

"Le Monde, mars 2013
le ministre Hans-Peter Friedrich avait prévenu que son pays émettrait un veto, notamment parce que la Roumanie et la Bulgarie ne combattent pas assez sérieusement la corruption"

http://www.lemonde.fr/europe/article/2013/03/08/la-roumanie-et-la-bulgarie-restent-exclues-de-l-espace-schengen_1845081_3214.html

Écrit par : Pierre à feu | 20/06/2013

Je crois que vous n'avez pas très bien compris mon propos, ou que vous n'en avez lu que le titre, qui peut prêter à confusion dans la formulation qui lui a été donnée ici. Le titre original de la chronique parue dans la Tribune de Genève était en effet: "Leçons d'histoire bonnes à prendre".

Écrit par : Marian Stepczynski | 21/06/2013

mais si, c'est tout à fait ce que j'ai lu traité et retenu, en français dans le texte: car toute histoire et toute leçon dans "leçons d'histoire bonnes à prendre" incluent les deals socio-géopolitiques qu'elles entraînent

merci d'avoir publié mon contradictoire commentaire

Écrit par : Pierre à feu | 21/06/2013

ou si vous préférez et pour rejoindre votre approche, semble qu'aucune leçon ne puisse être tirée ou donnée, l'ex-RDA ayant joué l'essentiel dans la remontée de l'exDDR, de par un encadrement extrêmement puissant en termes de moyens et d'ultra-paternalisme, sur une partie de sa population et territoire aux racines communes mais au passé opposé (cf le chanteur Rolf Bierman)

ce qui est un modèle qui ne peut se répliquer nulle part ailleurs, ni même au sein d'une Europe qui a vainement tenté de fédéraliser ses moyens au bénéfice des plus faibles nouveaux-venus, le tout sans gouvernement politique (cf la Grèce)

Écrit par : Pierre à feu | 21/06/2013

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