11/06/2013

Genève pourrait s'endetter davantage

Assiégée par l’Union européenne qui lui reproche diverses pratiques fiscales telles que l’imposition à forfait en vigueur dans certains cantons ou le traitement préférentiel des sociétés auxiliaires qui y sont installées en masse (à Genève en particulier), la Suisse pourrait bien se trouver, à plus ou moins brève échéance, obligée de réviser de fond en comble ses multiples modèles d’imposition du revenu des personnes physiques et morales. La lutte sera chaude, les menaces de délocalisation plus précises et les référendums nombreux, de sorte que, à la longue, c’est vers une réduction généralisée de la charge fiscale que l’on devrait s’acheminer, au grand dam des uns et au bonheur des autres.


 

Quoi qu’il en advienne, la perspective d’une baisse des rentrées fiscales laisse planer des doutes sur la réalisation de plusieurs projets d’envergure. Faute de ressources propres et en l’absence de subsides fédéraux, Genève serait par exemple contraint de renvoyer aux calendres grecques une traversée de la rade dont la nécessité saute pourtant aux yeux. Sans parler d’agrandissements ferroviaires ou même de la construction de ces fameux 35’000 logements d’utilité publique («LUP») promis pour un terme il est vrai non précisé, le canton pourrait également être amené à repousser pour une échéance moins définitive mais tout de même assez lointaine d’autres investissements indispensables, qu’il s’agisse de nouvelles écoles, lignes de tram ou élargissements routiers.

Bref, il y a du besoin de rattrapage dans l’air, mais bientôt, craint-on, si ces sombres perspectives fiscales se vérifient, plus le moindre sou pour en assurer le financement. Il y aurait même plutôt, à première vue, un besoin assez pressant de réduire un endettement qui approche le triple de la moyenne des cantons (23% au lieu de 8,5%) et surtout représente d’après les calculs de l’agence de notation Standard & Poor’s une fois et demie le montant total des recettes de fonctionnement.

Voilà pour l’approche conventionnelle. Il y a cependant, et heureusement, une autre façon de voir les choses. De même qu’une austérité excessive étrangle les pays du sud de la zone euro et les empêche paradoxalement d’honorer leurs engagements, de même la renonciation, pour cause de dette, à des projets indispensables à la croissance et donc au redressement des finances cantonales pourrait s’avérer en définitive contraire à l’objectif visé.

En d’autres termes et en clair: à condition de maîtriser strictement ses dépenses de fonctionnement, Genève pourrait tout au contraire, profitant de l’abondance d’épargne locale et des conditions, très avantageuses, qui règnent encore sur le marché des capitaux, voir grand et oser s’endetter davantage à la hauteur de ses besoins d’infrastructures, pour aller de l’avant sans attendre l’aide – ou le feu vert – de la Confédération, et retrouver par là, au bout du compte, une capacité financière qui risque sinon de s’étioler.

 

 

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Commentaires

C'est effectivement la seule voie raisonnable ! Qui comporte certes une part de risque, mais si les ancêtres n'avaient pas su en prendre quelques uns, pour parer aux coups du sort et opérer des mutations, nous ne serions toujours qu'un aimable village de pêcheurs. Ou le serions redevenu...

Écrit par : Philippe Souaille | 11/06/2013

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