04/06/2013

Ces cercles vicieux qui plombent la France

 

Pourquoi le chômage demeure-t-il, aussi loin que l’on se souvienne et en tout cas depuis les années 70 (sauf une courte parenthèse de 2004 à 2006), plus élevé en France que dans le pays qui désormais lui sert d’unique référence, l’Allemagne ? Pourquoi le chômage des jeunes y est-il plus élevé que partout ailleurs en Europe, à l’exception bien sûr des pays en crise de la zone euro – Espagne, Grèce, Irlande, Portugal, Italie ?

La réponse tient d’abord à une série d’incohérences, de contradictions et de faiblesses inhérentes à un mode d’action publique propre à ce pays, sorte d’économie centralement dirigée ou presque dans laquelle entreprises, ménages et responsables locaux attendent beaucoup d’un Etat qui en retour se mêle de presque tout, et qui plus est avec une rare inefficacité. Le constat, énoncé en termes évidemment plus choisis, se dégage de la dernière étude que l’OCDE a consacrée à la France (mars 2013) et dont les conclusions se retrouvent presque mot pour mot dans la liste des recommandations que Bruxelles vient d’adresser à Paris.


Résumons-en l’essentiel. L’Etat français prélève chaque année sur la richesse produite (le PIB) une part écrasante, désormais supérieure à 55%, qu’il redistribue en totalité et même au-delà (puisqu’il est déficitaire) en dépenses de santé et de vieillesse surtout, mais aussi en soutiens divers à ceux-là mêmes qu’il ponctionne lourdement.

Cette redistribution, qui se traduit notamment par un «coin fiscal» (différence entre salaire brut, toutes charges comprises, et salaire net après impôt) supérieur à presque tout ce qu’on observe en Europe, est non seulement massive, elle est aussi peu efficace : le prélèvement de l’impôt coûte cher, sa redistribution s’égare dans les méandres d’une administration complexe et redondante, et les incitations qui en découlent, loin d’être globalement neutres, favorisent au contraire l’inactivité, segmentent le marché du travail (entre ceux, bien protégés, qui ont un emploi et les autres), biaisent le marché du logement et découragent l’investissement industriel. Tout cela fait tomber la croissance en dessous du taux qui serait nécessaire pour ramener le chômage à un niveau qui, au moins, ne soit pas supérieur à celui des pays auxquels la France aime se comparer.

Pour briser ces cercles vicieux il faudrait ensuite – qui osera s’y coller ? – venir à bout de ce que l’étude nomme pudiquement la «mauvaise qualité du dialogue social» et qui désigne en réalité la toute puissance, institutionnalisée par un code du travail hypertrophié, de syndicats pourtant peu représentatifs de l’ensemble des salariés. La France est en effet de tous les pays de l’OCDE celui où le décalage entre le taux de couverture des accords collectifs (en langage suisse: la portée des conventions collectives) et le degré de syndicalisation («en chute vertigineuse») est le plus large.

Toute le mal ne vient certes pas de là, mais qui, sinon les syndicats, s’oppose à ce point à une flexibilité dont l’économie française a un urgent besoin ?

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