28/05/2013

La bande à Bonio

Il y a un peu plus de cinq ans, en mars 2008, le naufrage de Bear Sterns, suivi en septembre de la faillite de Lehman Brothers, transformait la crise des subprime en une crise financière majeure qui n’a pas fini d’empoisonner le climat économique mondial.

Cinq ans, c’est beaucoup pour un cycle économique, mais c’est parfaitement compatible avec la durée totale de ce que Claudio Borio, le directeur de la recherche à la Banque des Règlements Internationaux, appelle le cycle financier, qui conduit peu à peu les acteurs, banquiers et investisseurs, à perdre le sens des réalités en surestimant les potentiels de hausse et en mésestimant tout au contraire les risques de baisse.


 

Il est évidemment plus difficile de mettre d’accord vingt-sept dirigeants européens et autant de parlements nationaux que de rallier un Congrès, fût-il partagé, aux vues d’une administration démocrate. L’argument, régulièrement invoqué par les sceptiques qui voient dans cette situation toutes les raisons de prédire la fin de l’euro, n’est certes pas dénué de pertinence. Une véritable union bancaire se fait toujours attendre, la gouvernance économique de l’Europe est encore dans les limbes, et les promesses de réformes structurelles (en clair : la décartellisation des marchés du travail) demeurent de beaux discours.

Borio, qui avait signalé dès 2003 la fragilité du système monétaire et financier, revient à la charge pour montrer l’erreur qui consiste à compter sur le temps qui passe pour régler les problèmes, lorsque tailler dans le vif est le seul remède pour sortir de la crise. Les Etats-Unis ont su non seulement venir vite et massivement en aide aux secteurs en difficulté, mais aussi laisser choir une centaine de banques insolvables et obliger les autres à purger leurs bilans. En Europe à l’inverse, comme au Japon naguère, on a fait traîner les choses en longueur, avec pour résultat un marasme persistant, des banques toujours sous-capitalisées, et un chômage qui frise le double du taux américain.

Mais cette vision plutôt pessimiste de la construction européenne néglige le fait que derrière la rigueur imposée aux membres les plus faibles de la zone euro commencent d’apparaître quelques lueurs. Les taux d’enfer auxquels la Grèce ou le Portugal devaient refinancer leur dette reviennent à des niveaux supportables, leurs comptes extérieurs se rapprochent de l’équilibre, et leurs déficits primaires se réduisent plus vite que prévu. Bref, on ne parle plus d’éclatement de la zone, ni de sortie par le haut ou par le bas, et d’ailleurs l’euro se porte plutôt bien.

Ce qui, soit dit en passant, n’est pas pour déplaire à la BNS, qui de l’avis du même Borio ne fait pas trop mal son travail, et a eu mille fois raison d’actionner une première tranche (1%) du volant anticyclique de fonds propres sur les prêts hypothécaires, mais pourrait aller encore plus loin en activant un morceau supplémentaire des 2,5% prévus par la loi. Car, en Suisse aussi, le cycle financier a atteint des sommets à bien des égards alarmants.

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