14/05/2013

La baisse du franc, une affaire de yen ?

Le propre d’une monnaie refuge, qui est de s’apprécier lorsque l’inquiétude domine, est aussi de baisser lorsque cette inquiétude disparaît. C’est très exactement ce qui est en train d’arriver au franc, qui enregistre face à l’euro des taux que l’on n’avait plus vus depuis septembre 2011.

 

Des capitaux refluent donc, au grand soulagement d’une Banque nationale qui n’est plus contrainte d’intervenir sur le marché des changes, et enregistre sans bouger le petit doigt des plus-values considérables sur un stock de devises grossi par les achats occasionnellement massifs auxquels elle avait dû procéder depuis l’annonce, il y a deux ans, de sa décision de ne plus tolérer de cours inférieur à 1,20 franc pour un euro.


 

 

Aux quelque 11 milliards de bénéfice consolidé ainsi engrangés par la BNS durant le seul premier trimestre 2013 (dont une bonne moitié imputable aux gains de change) pourrait bien s’ajouter, si la tendance se poursuit, une nouvelle moisson de milliards qui viendront remplir à ras bord ses provisions pour réserves monétaires – et aiguiser l’appétit des cantons (et de la Confédération) pour les promesses de distributions futures arrachées à un Institut d’émission mi soulagé mi contrarié par d’aussi involontaires performances.

 

On voit par là que la politique monétaire d’un pays jaloux de son indépendance lui échappe en réalité pour une très large part, puisqu’une mesure en soi destinée à protéger son économie des effets déflationnistes qu’aurait fatalement eus une appréciation excessive de sa monnaie débouche, de manière sinon inattendue du moins intempestive, sur une série de conséquences délicates à gérer : des taux d’intérêt si bas que les marchés d’actifs réels (l’immobilier, la Bourse) s’emballent ; des plus-values comptables sur réserves de change que les pouvoirs publics cantonaux (et fédéraux) sont déterminés à se partager ; un reproche naissant, à l’international, de manipulation monétaire qui ne vaut à la Suisse de lui être épargné qu’au seul fait qu’elle reste un bien trop petit pays pour affecter via le taux de change de sa monnaie l’ensemble de l’ordre international.

 

Il se peut d’ailleurs que, par ricochets successifs, la baisse du franc soit indirectement le résultat de celle d’une monnaie autrement plus importante à l’échelle mondiale, le yen. Déjà surnommée « abenomics » – du nom du premier ministre japonais Shinzo Abe qui l’a délibérément initiée –, la politique monétaire suivie depuis le 4 avril par la Banque du Japon a en effet débouché en quelques semaines sur d’impressionnantes variations des taux de change : chute du yen face au dollar, désormais inférieur de 20% à son cours d’il y a deux ans, face aussi au won coréen, qui a grimpé de 10% depuis le début de l’année, et surtout face à l’euro qui au plus fort du réalignement valait 30% de plus qu’il y a six mois.

 

Echangé tantôt contre le billet vert, tantôt contre la monnaie européenne, notre brave franc se retrouve simultanément un peu plus haut par rapport au premier et un peu plus bas face à la seconde. Pour l’heure, on ne s’en plaindra pas, mais on croisera les doigts.

 

Marian Stepczynski

 

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