07/05/2013

Une bulle, même à croissance lente, finit toujours par éclater

A force de crier au loup, à force d’alerter l’opinion sur les risques de bulle spéculative dans le secteur immobilier, on finira par croire que ce genre de chose ne peut arriver dans notre beau et solide pays. L’UBS peut annoncer trimestre après trimestre que son «Swiss Real Estate Bubble Index» se rapproche dangereusement de la zone rouge, le vice-président du directoire de la Banque nationale suisse inviter son public à se préparer à de sérieuses turbulences («Fasten your seat belts !» lui recommanda-t-il l’autre jour en conclusion de son exposé au Centre international d’études monétaires et bancaires), le fait est que l’endettement hypothécaire, moteur premier de l’envol des prix résidentiels en Suisse, continue d’augmenter comme si de rien n’était.


La raison en est, bien sûr, le niveau exceptionnellement faible des taux d’intérêt, qui biaise le comportement des ménages et des investisseurs, favorise une mauvaise allocation des ressources, et cause pour cela beaucoup de soucis à l’autorité monétaire, coincée entre la lutte contre la cherté du franc, qui passe par de généreuses liquidités, et la sauvegarde de la stabilité financière qui exigerait plutôt le contraire.

La conjoncture n’est cependant pas seule en cause. Comme l’OCDE régulièrement, et désormais le FMI plus incisif que d’habitude dans son dernier examen annuel de l’économie suisse, les régulateurs internationaux se montrent pour le moins dubitatifs sur le système helvétique d’encouragement fiscal à l’endettement hypothécaire accolé à l’imposition de la valeur locative pour les biens immobiliers occupés par leur propriétaire. Non seulement ce système ajoute une distorsion supplémentaire à celle provoquée par des taux anormalement bas, mais encore il accentue l’instabilité potentielle d’un marché hypothécaire de plus en plus tendu quoi qu’en disent les banques créancières, plus prodigues de nouveaux crédits dans les faits qu’elles veulent bien le dire dans les discours, tant la demande de logements est forte et l’offre rare. Si bien que le taux d’endettement hypothécaire par rapport au produit intérieur brut, pour le seul secteur résidentiel, dépasse désormais les 100%, seuil qui n’est franchi, ailleurs, que par les Pays-Bas, le Danemark et l’Islande.

Le risque d’une chute majeure des prix de l’immobilier n’est probablement ni grand ni imminent puisque leur hausse, à la différence de ce qui s’était produit à la fin des années 80, ne montre pas de signes d’emballement mais suit plutôt une pente régulière et semble même ralentir. Pour autant, la menace d’une correction ne doit pas être sous-estimée, qui pourrait placer bon nombre de ménages lourdement endettés dans une posture délicate, en particulier ceux qui ont succombé aux charmes supposés de l’amortissement indirect ou se sentent protégés par leurs hypothèques à taux fixe.

Les bulles se suivent, mais si elles ne se ressemblent pas, elles finissent toujours par éclater sans crier gare.

08:24 Publié dans Banques centrales, Croissance, Immobilier | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Billet très instructif, une fois de plus !

Merci !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 07/05/2013

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