30/04/2013

Sous le chômage, l’Europe bouge

Trois nouvelles, qui apparemment n’ont rien à voir, ont fait ces temps-ci les titres de la presse européenne. Jeudi dernier, El Pais annonçait que l’Espagne en crise avait franchi la barre des 6 millions de chômeurs et enregistrait, avec 27,16%, le taux de chômage le plus élevé de son histoire. Une semaine plus tôt, le Financial Times notait que la Pologne, exportatrice il y a quelques années encore de sa main-d’œuvre, voyait désormais affluer des travailleurs espagnols, portugais et italiens. Plus de 10% des quelque 100'000 personnes qui y sont d’ores et déjà occupées dans l’outsourcing sont de nationalité étrangère, et ce secteur, en forte expansion, devrait croître de près de 20% cette année. Après le plombier polonais débarquant à l’ouest, voilà donc l’informaticien du sud venant s’installer sur les bords de la Vistule (où l’on compte aussi un ou deux milliers de Grecs, mais d’immigration plus ancienne).


En février dernier enfin, nos journaux se faisaient l’écho d’une étude de l’Université de Genève menée sur mandat du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) confirmant que, contrairement à une crainte souvent exprimée, la libre circulation des personnes n’avait pas d’effet autre que tout à fait marginal sur le niveau des salaires en Suisse, et que si un tel effet pouvait être décelé, il était plutôt positif, en ce qu’il contribuait à modérer la hausse des salaires les plus excessifs, sans exercer de pression sur les salaires les plus bas. En outre, devrait-on ajouter, la hausse, somme toute modeste en termes relatifs, de l’immigration n’y a pas freiné l’emploi, qui a continué à l’inverse de progresser sans que le taux de chômage, contrairement à ce qui se passe ailleurs, y ait d’une quelconque manière augmenté; à fin mars, ce taux est même tombé à 3,2%.

C’est donc la conjoncture, encore favorable chez nous, bien plus que la libre circulation des personnes, qui explique l’afflux de travailleurs étrangers. Et ce n’est pas le «tourisme social», comme on l’entend parfois qualifier, mais bien la pénurie de main-d’œuvre hautement qualifiée – ou inversement celle de main-d’œuvre à niveau de rémunération trop bas pour intéresser les chômeurs suisses – qui joue à cet égard un rôle clé.

Le sujet alimente en ce moment la controverse sur l’opportunité qu’il y avait d’activer la clause de sauvegarde, comme vient d’en décider le Conseil fédéral, pour freiner l’arrivée de quelques milliers de travailleurs supplémentaires. Or c’est sans doute faire beaucoup de bruit pour pas grand chose, à l’heure où l’Europe commence à prendre forme. Car il a échappé à une bonne partie de l’opinion (et aux responsables politiques qui s’en inspirent) que ces flux jugés indésirables de travailleurs migrants, tenus pour une preuve d’échec de la construction européenne, démontrent au contraire que la mobilité des personnes, facteur de succès tant vanté des Etats-Unis face à un Vieux Continent considéré jusqu’ici comme rigide et sclérosé, est enfin en train d’y devenir réalité.

 

08:39 Publié dans Chômage, Croissance, Europe | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

Commentaires

Bravo et merci.
Dommage que vous ne soyez pas écouté davantage.

Écrit par : Philippe Souaille | 02/05/2013

Toute la question consiste à qualifier ces tendances et d'alléguer qu'il s'agisse uniquement de phénomènes conjoncturels. Mais ce serait faire l'impasse sur les aspects structurels de la crise que traverse l'Europe, à mon humble avis, les monnaies ou la monnaie européenne devrait et va s'adapter aux marchés internationaux et spécialement aux marchés asiatiques, mais de telles mesures ne plaisent pas toujours aux financiers, pour la Suisse il semble évident que des répercutions inflationnistes seront bien plus couteuses que quelques milliers de travailleurs surtout que ces derniers pourraient permettre de développer divers secteurs en plein essors, que des baisses de la monnaie Euro aurait de bien plus importantes conséquences vis-à-vis des autres plateformes bancaires, notamment asiatiques, Singapour, Hong-Kong et d'autres, ce qui engendrerait des couts très supérieurs à l'économie helvétique, mais de ça, les politiciens n'en disent pas mot, le sujet à toujours été tabou et le sera encore plus dés lors qu'il n'est pas uniquement conjoncturel.

Écrit par : Corto | 05/05/2013

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