23/04/2013

L’or chute. Plus que les yeux pour pleurer…

Que n’avait-on dit – et spéculé – sur l’or et ses vertus soit disant protectrices, en particulier dans les périodes agitées ! Que n’avait-on énoncé de définitif au sujet du caractère prétendument irréversible et quasi naturel de sa hausse, dans un monde inondé de papier monnaie et promis à l’inflation ! Eh bien voilà : en moins de jours qu’il n’en faut pour réaliser la chose, les cours du métal jaune ont chuté de plus de 12%, et même de 8,5% pour le seul lundi dernier, ramenant son prix à son niveau d’août 2011. Les malheureux épargnants qui, croyant avoir identifié la valeur refuge par excellence, en avaient acheté début octobre 2012 quand il frisait les 1800 dollars l’once (soit 55 francs le gramme au taux de change d’alors) et doivent s’en séparer aujourd’hui, n’ont plus que les yeux pour pleurer.

L’histoire est jalonnée de cassures qui n’auraient jamais dû se produire et qui se sont néanmoins produites. 


Krachs boursiers, bulles immobilières éclatées, paris perdus de fonds spéculatifs à la LTCM, toutes ces ruptures sont là pour nous montrer qu’il n’existe pas de sens unique en matière financière, encore moins s’agissant du prix de l’or.

Aucune des théories avancées, hier pour justifier sa hausse et à présent pour expliquer sa baisse, ne donnent à son comportement la moindre des rationalités. Comme l’explique fort bien cet économiste interrogé par la NZZ am Sonntag, la rareté de l’or est une vue de l’esprit: sa pseudo-rareté, donc sa valeur, ne tient qu’au fait que nous y croyons. L’or, qui n’a d’utilité physique en dehors de son usage en joaillerie que dans quelques applications industrielles, est en réalité abondant. Intégralement recyclé, il s’accumule depuis la nuit des temps en un stock immense qui ne cesse de croître. Et le fait qu’il soit détenu, en grandes quantités, par les banques centrales donne à son prix une dimension essentiellement politique. D’ailleurs, les initiants qui veulent contraindre la Banque nationale suisse à rapatrier tout son or et à le conserver jalousement en proportion suffisante de ses actifs négligent grandement l’influence que des circonstances extérieures peuvent avoir sur la valeur du stock métallique de notre Institut d’émission: la seule baisse de ces derniers jours lui a fait perdre au bas mot 6 milliards de francs !

Non seulement l’or est, à tous égards, un placement plus risqué que les devises, mais encore il ne rapporte rien. Voilà justement pourquoi son prix, qui ne se raccroche à aucun autre étalon que lui-même, se comporte de manière parfaitement aléatoire, soumis qu’il est aux seuls va-et-vient de la psychologie collective.

Les gérants de fortune avaient pris l’habitude d’en conseiller la présence dans tout portefeuille correctement diversifié. Il aura, en effet, permis de contrebalancer la hausse sans doute trop marquée des autres classes d’actifs…

07:23 Publié dans Or | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | |

Commentaires

"Non seulement l’or est, à tous égards, un placement plus risqué que les devises"

J'ai acheté de l'or quand le cours du lingot était à 20'000 CHF. Il est descendu à 16'000 CHF. Aujourd'hui ce cours est à 43'000 CHF. Où est le risque?

Écrit par : Crésus | 23/04/2013

Vous exagérez gaillardement: si un jour on a 100 en or et qu'il chute de 12%, il nous en reste toujours 88. Sans compter que depuis ce coup d'il y a une semaine, le cours remonte régulièrement.

Si quelqu'un qui a vraiment tout perdu dans Lehmann Brothers ou Swissair vous lit, il n'en pensera pas moins.

Écrit par : Fufus | 23/04/2013

"J'ai acheté de l'or quand le cours du lingot était à 20'000 CHF. Il est descendu à 16'000 CHF. Aujourd'hui ce cours est à 43'000 CHF. Où est le risque?"

Apparemment il y en a qui sont à l'abri du besoin et qui ont de l'argent pour spéculer.

Monsieur Stepczynski, pourquoi ne nous informez-vous pas sur les raisons de cette baisse? Votre collègue en économie nous fournit une explication qui ne manque pas de sel :

http://www.paulcraigroberts.org/2013/04/13/assault-on-gold-update-paul-craig-roberts/

Si j'ai bien compris, la Fed a mis sur le marché 500 tonnes d'or qu'elle ne possède pas. Short selling. Vente à terme. Belle manipulation du cours de l'or. Pure spéculation. Et même une vente à terme "nue". On vend ce qu'on ne possède pas. Pas même emprunté. Bravo!

Comme il est dit :

"In other words, with naked shorts, no physical metal is actually sold."

Aucun métal qui existe physiquement n'est vendu. Du métal virtuel. Du fantôme de métal. De la poudre au yeux.

Paul Craig Roberts nous explique que celui qui "vend" 500 tonnes sur un jour voit le prix chuté et il demande, tout calcul fait : qui peut se permettre de perdre 1 milliard de dollars...?

Je vous laisse découvrir la réponse.

Et Paul Craig Roberts nous informe que sur le marché il y a plus d'acheteurs que de vendeurs. La conclusion s'impose d'elle-même. Le cours va remonter.

Ce qui intéresse les spéculateurs, ce n'est pas la stabilité des prix, mais que ceux-ci bougent, à la hausse ou à la baisse peu importe. Ils pourraient donc entrer dans le "jeu" et accentuer la chute du prix. Mais la manoeuvre spéculative si elle parie sur une baisse qu'elle contribue à créer envisage toujours une remonté des cours. Cela double le profit, d'abord à la baisse, puis une seconde fois à la hausse.

M. Stepczynski, tout cela est parfaitement rationnel du point de vue des spéculateurs. Mais apparemment seul Paul Craig Roberts en fait l'analyse.

Écrit par : Johann | 23/04/2013

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