19/03/2013

Retraites piégées par les taux bas

L’absence d’inflation joue de vilains tours aux caisses de pensions. Ainsi depuis que, le 18 décembre dernier, la commission de la caisse fédérale Publica a pris la décision d’abaisser son taux d’intérêt technique de 3,5% à 2,75% avec effet au 1er janvier 2015, les quelque 57'000 assurés actifs des différents institutions de prévoyance affiliées (personnel de la Confédération, des Ecoles polytechniques, de la FINMA et d’une soixantaine d’autres organisations) se sont trouvés confrontés à la perspective de voir le niveau de leurs futures rentes amputé de presque 10 %, puisque la baisse annoncée se traduirait mécaniquement par une réduction du taux de conversion du capital en rentes, qui passerait de 6,15% – taux actuel chez Publica – à 5,65%. Rappelons, pour faire bref, que le taux technique est le taux d’escompte servant à calculer la valeur actuelle des droits et engagements futurs de retraites. 


En clair, cela signifie qu’un avoir de vieillesse accumulé de mettons 600'000 francs, qui donne aujourd’hui droit à une rente annuelle de 36'900 francs, ne permettrait plus demain que le versement d’une rente de 33'900 francs. Aussi, plutôt que de laisser chuter le niveau des prestations promises aux collaborateurs de l’administration, le Conseil fédéral envisage une série de mesures (constitution de provisions, hausse des cotisations paritaires, etc.) qui ne sont pas sans rappeler, quoique à une échelle bien plus modeste, les milliards qui permettront, à Genève, de sauver les caisses publiques en voie de fusionnement.

En cause, donc, la stabilité persistante des prix, qui fait chuter les taux d’intérêt nominaux et bouleverse les plans de prévoyance, tous construits, faut-il le rappeler, sur les conditions qui prévalaient lors de l’entrée en vigueur de la LPP, le 1er janvier 1985: une inflation moyenne supérieure à 3% au cours des années précédentes, une Bourse fulminante, et des rendements obligataires entre 4,5% et 5% (emprunts de la Confédération). A l’époque, un taux technique de 4% était généralement utilisé, prudemment fixé 0,5% en dessous des taux longs sans risque. 

Or aujourd’hui encore, alors que l’inflation est nulle et que le rendement des obligations fédérales atteint à peine 0,5%, les taux quels qu’ils soient utilisés par la plupart des caisses de pension pour évaluer leurs engagements futurs excèdent ce qu’une saine et sage gestion présupposerait. Même à 2,75%, niveau retenu par Publica, pourtant très inférieur au taux anticipé pour 2015 que retient la directive technique (DTA 4) de la Chambre suisse des actuaires-conseil (norme qui fait référence dans le monde des caisses de pensions), on dépasse probablement de beaucoup ce que les conditions présentes, et à venir, imposeraient de retenir. 

A moins bien sûr de supposer tout à la fois un retour soudain de l’inflation, une forte remontée des rendements et une poursuite de l’allégresse boursière. Choses qui ont une bien faible probabilité de se trouver prochainement réunies, on en conviendra.

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Commentaires

L'inflexible rigueur mathématique qui mène à la baisse des rentes semble inéluctables.

Mais peut être pourriez-vous prendre un peu de recul et mettre en perspective l'histoire de la prévoyance professionnelle en suisse, et tout particulièrement quelles tares de l'AVS le deuxième pillier était-il censé comblé et surtout a-t-il atteint ses buts. Et dans la négative ... quels sont les choix politiques qui s'offrent aux citoyens.

Écrit par : Djinus | 19/03/2013

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