12/03/2013

Faibles, incapables? Comme aux échecs, ils n'ont pas le choix

Il existe dans certains jeux de stratégie une situation particulière dans laquelle le joueur qui a le trait (c’est-à-dire celui auquel c’est le tour de jouer) est habilement amené par l’autre à devoir jouer un coup qui pourtant péjore sa position. Ce «coup forcé» – appelé Zugzwang aux échecs, et atari au Go – est un peu le lot des protagonistes de la crise actuelle.

 

Ainsi, contraints par leurs créanciers à agir de la sorte, les dirigeants des pays écrasés par le poids de leur dette ne peuvent faire autrement que soumettre leurs administrés à des cures d’austérité, sous forme de hausses d’impôts, de taxes et de coupes dans les subventions publiques, qui n’ont pourtant d’autre effet que d’aggraver encore un marasme économique lui-même responsable en grande partie de leur situation de surendettement.


De leur côté, faute de pouvoir relever les taux d’intérêt, ce qu’en temps normal la situation exigerait, mais qui dans les circonstances présentes serait économiquement suicidaire, les banques centrales inondent le marché interbancaire de liquidités au risque, grandissant, de provoquer à terme une vague d’inflation qu’elles auront alors toutes les peines du monde à maîtriser.


Enfin, n’ayant d’autre choix que de se risquer à acheter encore et encore, tant les rendements de placements réputés plus sûrs (emprunts d’Etat, bons du Trésor, etc.) sont tombés à des niveaux ridiculement bas, les investisseurs soumis à une obligation de résultat, tels les fonds de pension ou les fonds de placement, font monter encore davantage les cours de bourse et les prix de l’immobilier, alors que ces derniers sont déjà dangereusement élevés et menaceront un jour ou l’autre de s’effondrer.


Ces acteurs, démocratiquement élus tantôt à gauche, tantôt à droite, ou préférés à d’autres pour leurs compétences censées, à défaut de légitimité, leur permettre d’appliquer des réformes salutaires, sont bel et bien prisonniers d’attitudes et de politiques aux conséquences calamiteuses. On les dit faibles, incapables ou mal inspirés alors qu’en réalité, à l’instar des joueurs d’échecs ou de Go en mauvaise posture, ils n’ont tout simplement pas le choix.


Ou plus exactement, leur marge de manœuvre s’est extraordinairement rétrécie, au point de ne plus leur laisser qu’une mince issue de secours. La seule façon, en effet, de s’extraire du piège dans lequel la crise a plongé le monde développé consistera pour lui, comme l’explique fort bien The Economist, à équilibrer d’un côté le besoin, immédiat, de relancer la consommation (qui représente tout de même les deux tiers du PIB) et de l’autre celui d’accroître à terme l’épargne, ingrédient devenu indispensable des systèmes de prévoyance dans des pays vieillissants.


Bien malin celui qui trouvera la sortie.

08:16 Publié dans Croissance, Dette, Finances publiques | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

Les commentaires sont fermés.