26/02/2013

Propos iconoclaste sur le coût de la santé

Santé coût CH.pngLa santé n’a pas de prix, mais elle a un coût, aimait à dire le démographe Pierre Gilliand. Et ce coût, nonobstant quelques années d’accalmie dans la hausse des primes d’assurance maladie, risque bien de reprendre une fois les réserves des caisses redistribuées, leurs frais administratifs mieux surveillés, les prix des médicaments alignés sur ceux de l’étranger, et le financement hospitalier réglé une fois pour toutes.

Car dans un pays aussi riche que le nôtre et vieillissant comme partout en Occident, il est normal et pratiquement inévitable que les dépenses de santé augmentent plus vite que le produit intérieur brut (PIB).


 

Ce qui l’est moins, c’est qu’elles augmentent encore plus vite qu’ailleurs, et que malgré une proportion du PIB qui n’est dépassée qu’aux Etats-Unis et marginalement dans quelques autres pays (Allemagne, France, Pays-Bas), nous sommes, à prix courants et en parité des pouvoirs d’achat, celui où les versements nets des ménages pour la santé sont les plus élevés par tête d’habitant. Cela tient évidemment pour partie à la configuration particulière de notre système de santé, dont le financement passe peu par les budgets publics – donc l’impôt – et beaucoup par l’assurance maladie, d’où ce sentiment désagréable de payer trop, et cette tendance compréhensible à en vouloir pour son argent, ceci ayant pour conséquence cela.

Mille et une études, mesures et propositions de réforme se sont déjà penchées sur la question, et les 36 pistes contenues dans la «stratégie globale Santé2020» présentée en janvier par le Département fédéral de l’intérieur n’y changeront pas grand chose: sans une remise à plat complète du modèle actuel de financement de l’assurance maladie, le malaise subsistera, et la surconsommation continuera.

Au cœur de ce modèle, il y a le Tarmed, système tarifaire par points qui, d’une part, permet à tout prestataire de facturer ses services à un prix fixe et garanti et, d’autre part, oblige les caisses maladie à rembourser les prestations de tout prestataire reconnu. Ce système, fondamentalement cartellaire, conduit aussi inexorablement à la surproduction que jadis le prix garanti conduisait l’agriculture suisse à la surproduction laitière et à la montagne de beurre.

A part le contingentement, difficile à imaginer – du moins ouvertement – quand la santé est en jeu, il n’y a pas d’autre moyen d’équilibrer un marché que d’y laisser jouer la (vraie) concurrence. Aussi devrait-on permettre qu’un excès d’offre (trop de médecins par exemple) fasse baisser les prix, en l’occurrence la valeur du point aujourd’hui fixée arbitrairement par l’autorité publique. Des idées circulent à ce propos, mais le sujet reste tabou. Comment ose-t-on, quelle horreur, parler d’un marché de la médecine !

Il faudra bien, pourtant, y venir un jour.

07:51 Publié dans Concurrence, Santé | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Très intéressant et pertinent sauf l'expression le "coût de la santé".

La santé et son maintien ne coûtent rien.

Ce qui est onéreux - et de plus en plus - c'est le coût ...de LA MEDECINE !!!

Un pactole inépuisable puisqu'il suffit de plomber chaque année les cotisations obligatoires à ce racket. Nous en sommes à CHF 68 milliards par an.

Merci de bien vouloir emboîter le pas à ma croisade et de ne plus parler que du coût ...de la MEDECINE !

L'autre formule est un stratagème de la novlangue inventée par le business pharmaco-médical. Comme sous le IIIe Reich on parlait de "Passivrauch" en guise de première mesure purificatrice.

Ne nous laissons point subvertir par des appellations fallacieuses et abusives.

Donc, tous en choeur et avec coeur: le coût de la MEDECINE !!! Merci .

Écrit par : J.-A. Widmer | 04/03/2013

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