19/02/2013

Bulle immobilière, un volant qui fait grincer des dents

L’activation partielle par le Conseil fédéral, sur demande de la Banque nationale suisse, du «volant de fonds propres anticyclique» ne fait pas que des heureux. La FINMA, chargée de l’exécution, aurait préféré attendre, et l’Association suisse des banquiers, qui avait vigoureusement désapprouvé le projet au moment de sa discussion en janvier 2012, vient de redire tout le mal qu’elle pense d’une mesure discrétionnaire à ses yeux «inappropriée» voire conceptuellement «problématique». L’une et l’autre escomptaient que le dispositif d’autorégulation mis en place par la corporation bancaire en juin de la même année déploierait suffisamment d’effets pour que la Confédération renonce à passer à l’acte.


Cela n’a donc pas été le cas et pour cause. L’autodiscipline à laquelle les banques avaient alors promis de s’engager se limite en réalité à un ensemble de contraintes infligées aux demandeurs de crédits hypothécaires (en particulier celle de fournir un apport de capitaux personnels à hauteur de 10% de la valeur de gage) et ne constitue à aucun égard une pénalité qu’elles-mêmes, les banques, se seraient auto-administrée.

Le volant anti-cyclique, lui, leur impose une restriction de rentabilité, sous la forme d’une augmentation non négligeable des fonds propres qu’elles doivent bloquer en regard des prêts qu’elles accordent. Aux 2,5% de fonds propres de base par rapport aux «positions pondérées» (pondérées par les risques), l’ordonnance sur les fonds propres (OFR) permet d’en ajouter jusqu’à 2,5%, soit de les doubler au maximum. Le Conseil fédéral s’est arrêté pour l’instant à 1%, et qui plus n’y soumet que les prêts hypothécaires au secteur immobilier résidentiel. Manière de couper la poire pas tout à fait en deux ?

Manière en tout cas, et c’est cela qui compte, de renforcer la capacité des banques à résister à un coup du sort si d’aventure la bulle immobilière venait à éclater. Car la mesure n’a pas pour but premier de freiner l’emballement du marché (ça, c’est le but second), mais bien de sécuriser le système bancaire en cas de multiplication des défauts comme il s’en était produit lors de la crise immobilière de la fin des années 80. La BNS a d’ailleurs fait l’exercice à titre rétroactif : si, écrit-elle, le volant anticyclique avait alors existé et été mis en œuvre, «[son activation] à 2,5% des actifs domestiques pondérés en fonction des risques aurait conduit à un net accroissement de la résilience du système bancaire».

Par nature une banque, on ne le répétera jamais assez, est constamment à deux doigts de faire la culbute ; car avec un ratio d’endettement (capitaux propres par rapport au total du bilan) guère supérieur en général à 4 ou 5%, il suffirait en théorie qu’un seul crédit sur vingt ne soit plus honoré pour qu’elle perde l’intégralité de ses fonds propres et ne vale plus qu’un zéro pointé.

07:48 Publié dans Banques, Banques centrales, Immobilier | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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