12/02/2013

Cette belle théorie du pilotage anticyclique de la dépense publique n’a jamais vraiment fonctionné

Il y avait autrefois une règle simple. L’équilibre budgétaire vers lequel il fallait tendre pour maîtriser la dette publique était un équilibre de plein emploi. Savoir que recettes et dépenses ne devaient s’égaliser qu’une fois le potentiel productif entièrement utilisé. S’il y avait une marge de ressources inemployées, il était souhaitable et même nécessaire que l’Etat stimule l’activité par le truchement d’un déficit budgétaire. A l’inverse, toute situation de suremploi – de «surchauffe», disait-on en Suisse dans les années 60 – exigeait un freinage par le biais d’un excédent budgétaire. 


Cette belle théorie du pilotage anticyclique de la dépense publique n’a jamais vraiment fonctionné. Au lieu de se transformer en surplus durant les bonnes années, les déficits ont constamment été de règle dans les grands pays, sauf aux Etats-Unis pour le passé récent, où les comptes fédéraux ont brièvement présenté un excédent, entre 1998 et 2001. 

Cette persistance des déficits est bien sûr à l’origine de la montée de la dette publique, d’abord lente et régulière, puis spectaculaire depuis le début de la crise, au point que la dette est désormais constitutive par elle-même d’un frein à toute relance de l’activité au moyen du «deficit spending», puisque le seul service des intérêts finit par absorber l’essentiel de la marge de manœuvre budgétaire. 

Condamnée de ce fait et à rebours du bon sens à jouer un rôle procyclique au lieu d’exercer comme le voudrait la règle un effet anticyclique, la politique budgétaire est devenue ce à quoi nous assistons dans la plupart des pays: une machine infernale à détruire des emplois. Le dernier exemple en date est celui de cet exercice pitoyable de compression des dépenses communautaires auquel nous venons d’assister à Bruxelles, avec pour résultat un budget raboté de quelques dizaines de milliards à seule fin d’être ramené à moins de 1% du produit intérieur brut de l’ensemble des pays de l’Union européenne, quand il eût fallu au contraire l’augmenter pour soutenir une activité économique dangereusement faiblissante, et qui plus est en situation, depuis plusieurs années déjà, de sous-emploi crasse du potentiel de production. Les séries statistiques historiques sont pourtant parlantes : les seules périodes de réduction des déficits ont été celles durant lesquelles les recettes publiques se sont envolées sous l’effet de la haute conjoncture. De réduction des dépenses publiques, il n’a jamais été question. Sauf aujourd’hui, c’est-à-dire au pire moment. 

Mais il est vrai qu’il faut bien se préparer au choc suivant, qui sera celui de l’explosion des dépenses de retraites, en regard desquelles le sauvetage des banques n’aura été qu’une aimable rigolade.

 

08:11 Publié dans Croissance, Démocratie, Finances publiques | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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