05/02/2013

Les banques suisses sont redevenues plus suisses mais pas plus sûres

S’il fallait résumer d’un mot la façon dont la crise a modifié le paysage bancaire helvétique, ce serait celui de rétrécissement. Rétrécissement du total des bilans, réduit de plus de 600 milliards de francs depuis 2008, mais rétrécissement dû pour l’essentiel à la contraction des activités internationales de nos deux grandes banques. Car la portion «domestique» des bilans a continué quant à elle d’augmenter, presque comme si de rien n’était.


A y regarder toutefois de plus près, de gros changements se sont produits. Si l’argent de la clientèle n’a pas cessé d’affluer, surtout sous forme d’épargne précaution déposée auprès des banques cantonales (la garantie de l’Etat continue de séduire…) et dans une moindre mesure des établissements régionaux ou des caisses Raiffeisen, les crédits hors hypothèques n’ont quant à eux pratiquement pas bougé. Où est passée la différence ? Eh bien, dans les créances hypothécaires justement, qui ont à ce point progressé qu’elles représentent désormais les quatre cinquièmes de l’actif des Raiffeisen, contre les deux tiers «seulement» de celui des banques cantonales, et pas tout à fait la moitié de la part «suisse» des bilans d’UBS et Credit Suisse. Pour le reste, l’afflux de fonds de la clientèle est allé alimenter les liquidités, chez les grandes banques – obligées en cela par les prescriptions de Bâle III –, mais aussi et surtout chez les banques cantonales, qui les ont multipliées presque par trois depuis 2008 (partant il est vrai d’un niveau plutôt bas).

Cette transformation radicale des bilans bancaires est symptomatique d’une sorte de schizophrénie bancaire. D’un côté, une aversion au risque que l’on n’avait plus constatée depuis le début des années 90 retient les banques de prêter aux entreprises. De l’autre, une prise de risque objectivement inconsidérée les précipite toutes sur un marché immobilier déjà distendu. Si les autorités de surveillance, BNS en tête, ont toutes les raisons de s’inquiéter de ce dernier élément en ce qu’il menace la stabilité du système dans son entier, il y a aussi de bonnes raisons de se demander vers quoi nous conduit le recul relatif du crédit aux entreprises.

Il se peut que les banques, de plus en plus concurrencées par les assureurs et les fonds de pensions dans les prêts à long terme à l’économie, se trouvent peu à peu écartées de leur fonction classique d’intermédiation entre l’épargne et le crédit, au profit d’un financement direct des entreprises par les marchés financiers. Ce ne serait pas la mort de la banque traditionnelle, mais sans doute la fin d’un certain modèle d’affaires, ainsi que des rentes de situation qui l’ont caractérisé et permis de généreusement rémunérer ceux qui en ont vécu.

15:29 Publié dans Banques suisses | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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