22/01/2013

Le milliard de la BNS: redistribuons-le!

La défense d’un taux plancher peut rapporter gros. Aux dernières nouvelles en effet, le doublement en deux ans du bilan de la Banque nationale suisse qui a résulté de ses interventions sur le marché des changes s’est accompagné d’un coquet bénéfice, supérieur à 6 milliards de francs, correspondant grosso modo, pour les trois quarts, au résultat du placement des devises acquises en masse à cette occasion. C’est moitié moins que les 13 milliards de l’année précédente, mais c’est assez pour continuer la distribution, à la Confédération et aux cantons, du milliard de francs fixé par la convention passée en novembre 2011 entre le Département fédéral des finances et la BNS. Le reste allant, comme prévu, regarnir la réserve pour distributions futures.

Est-il logique que cet argent, pas tout à fait tombé du ciel mais presque (car lié à des interventions qui n’ont pas vocation à durer éternellement et ont dépassé de très loin le cadre habituel de la politique monétaire), revienne aux pouvoirs publics ? De droit peut-être, puisque ladite convention en a décidé ainsi, mais économiquement la chose se discute.


 

En pesant – pour le bon motif ! – sur le cours du franc par rapport à un euro lui-même faiblissant, la Banque nationale a délibérément altéré les termes de l’échange en défaveur de la Suisse. En gros, l’écart qui, toutes choses égales par ailleurs, s’est creusé entre prix à l’exportation et prix à l’importation a fait qu’il nous a fallu exporter davantage en regard d’un même volume d’importations. Cette amputation du pouvoir d’achat, qui a certes eu pour conséquence heureuse (et visée) une incidence favorable sur l’emploi, méritait compensation, et compensation partielle il y a déjà eu, de manière automatique, sous la forme d’une revalorisation, exprimée en francs, des actifs nets de la Suisse vis-à-vis du reste du monde, supérieurs à 800 milliards en 2011 (derniers chiffres connus). Le gain n’est pas mince, à voir par exemple le redressement des portefeuilles de placements des caisses de pensions en actions et obligations étrangères. Mais les bénéfices extraordinaires de seigneuriage (c’est ainsi qu’on les appelle) réalisés par la BNS en font aussi partie, et il serait normal qu’ils reviennent également aux victimes innocentes de la détérioration des termes de l’échange, savoir les ménages et les entreprises.

Comment procéder ? Eh bien, tout simplement en obligeant la Confédération et les cantons à reverser ces mêmes milliards sous forme de baisses exceptionnelles d’impôts, au lieu qu’ils aillent garnir les caisses ordinaires de l’Etat. Ce ne serait certes pas très orthodoxe du point de vue de la saine gestion publique, mais dès l’instant, encore une fois, où cet argent nous tombe quasiment du ciel, pourquoi diable ne pas en profiter…

09:07 Publié dans Banques centrales, Fiscalité | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | |

Commentaires

Etrange pays de boutiquiers qui demande à sa banque centrale d'être rentable... Je n'ai pas le souvenir d'un débat du même genre ailleurs. La Bundesbank, par exeple, est certes une institution, une religion presque, mais de là à lui demander un coup de pouce aux budgets des collectivités publiques, il y a un pas que même les allemands, pourtant peu portés au gaspillage, n'ont pas franchi.

Écrit par : Jürg Bissegger | 22/01/2013

Le plus optimum du point de vue du gain de la collectivité serait que cet argent soit versé aux cantons et à la confédération, donc à l'Etat, mais qu'ils aient l'obligation de s'en servir pour réduire la dette publique.

Écrit par : quidam | 25/01/2013

Et si la confédération prêtait une partie de cet argent à un taux voisin de 0% pour aider les cantons à se désendetter et réduire indirectement la charge fiscale des consommateurs/contribuables, leur laissant ainsi plus à dépenser et soutenir une croissance ?

Écrit par : Chuck Jones | 01/02/2013

J'ai parlé ci-dessus de prêts aux cantons à un taux proche du 0%, mais est-il farfelu d'imaginer même des prêts de la confédération aux cantons à un taux négatif ?

Écrit par : Chuck Jones | 01/02/2013

Les commentaires sont fermés.