15/01/2013

Le crédit bancaire bientôt aux oubliettes ?

Le FMI s’est trompé dans ses prévisions de (dé)croissance pour les pays frappés par la crise, en faisant trop confiance aux valeurs historiques du «multiplicateur fiscal» (qui mesure l’impact d’une variation de la dépense publique sur la croissance) : l’austérité budgétaire a pesé beaucoup plus lourdement que prévu sur la conjoncture. La crise est passée par là, qui a rendu consommateurs et entreprises plus sensibles à la situation économique du moment, sérieusement détériorée, qu’aux perspectives à plus long terme, forcément meilleures (après la pluie vient toujours le beau temps). 


Les économistes auraient pu subodorer ce changement d’attitude, mais rien dans les modèles auxquels ils accordent habituellement leur confiance ne le laissait supposer. En tout état de cause, la reconnaissance de cette erreur fait que le Fonds, avec d’autres censeurs, devrait se montrer désormais un peu moins à cheval sur les principes – et les délais – de rigueur budgétaire imposés jusqu’ici aux pays les plus endettés.

Le même genre de soudaine indulgence devrait profiter aux établissements bancaires, auxquelles le Comité de Bâle voulait jusqu’ici imposer à relativement brève échéance des ratios dits de liquidité très contraignants. S’étant rendu compte que pareille sévérité à l’encontre des banques risquait de plomber encore un peu plus une conjoncture déjà morose, les experts de la BRI se sont résolus à leur accorder un délai supplémentaire pour satisfaire à ces nouvelles exigences, et ont consenti à élargir le cercle des actifs pouvant être considérés comme liquides.

Ces deux formes d’assouplissement, l’une budgétaire, l’autre monétaire, n’ont apparemment rien à voir, et pourtant elles sont en réalité étroitement liées. C’est en effet le sauvetage de leurs banques qui a plongé les comptes publics de pays comme l’Irlande ou l’Espagne dans le rouge foncé, et si la croissance tarde partout à redémarrer, c’est bien parce que les banques préfèrent redresser leurs fonds propres plutôt que courir de nouveaux risques en développant leurs affaires de crédit.

Par quelque bout qu’on le prenne, les banques sont donc au centre du problème. C’est par elles que la crise a commencé, c’est à cause d’elles que la dette souveraine a explosé, et c’est vers elles que l’on se tourne pour espérer la reprise. 

A moins… à moins qu’elles ne s’effacent progressivement de la scène, et que les nouvelles formes de crédit non bancaire qui émergent ici et là (le capital risque, le «private equity», les crédits fournisseurs, les prêts directs des fonds de pension, etc.) finissent par les reléguer au magasin des accessoires.

Affaire à suivre, donc.

07:41 Publié dans Croissance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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