07/01/2013

L’euro restera à 1.20 franc: quelle indépendance pour la BNS?

L’euro restera à 1.20 franc, ni plus haut (c’est peu probable) ni plus bas (c’est tout à fait exclu). Le directoire de la Banque nationale suisse l’a réaffirmé quelques jours avant Noël, dans un rappel désormais quasi mécanique de sa totale détermination, tant les objections formulées à l’encontre de sa politique actuelle, comme d’ailleurs les appels à un relèvement du taux plancher, ont été à réitérées reprises balayés comme non fondés, ou parfaitement inopportuns


 

Reste que cette situation, assez proche de ce que les théoriciens de la monnaie appellent un «currency board» (en bon français une «caisse d’émission», système dans lequel la banque centrale se borne à émettre de la monnaie en échange des devises entrant dans le pays), a en l’occurrence pour effet, lorsque le franc est particulièrement recherché, que la masse monétaire se dilate dans des proportions tout à fait inédites, et que les taux d’intérêt tendent vers zéro. Or des taux aussi bas engendrent fatalement des distorsions sur les marchés dépendant du crédit bancaire, à commencer par le marché immobilier, où est en train de se former ce qui ressemble furieusement à une bulle spéculative.


S’étant privée de la possibilité de resserrer le crédit et de faire ainsi remonter les taux d’intérêt, la BNS n’est cependant pas dépourvue de tout moyen pour freiner l’emballement des prêts hypothécaires. Elle dispose en effet depuis juillet dernier d’un instrument préconisé par Bâle III et introduit dans le cadre réglementaire helvétique sous la forme d’un article 44 de l’ordonnance sur les fonds propres des banques, article qui lui permet «de lutter contre les risques d’une croissance excessive du crédit» par la mise en œuvre d’un «volant anticyclique».


Seul hic, la décision d’activer ce frein à la croissance du crédit n’est pas du ressort de la BNS – qui doit au surplus consulter la FINMA – mais exige l’assentiment du Conseil fédéral. Or il n’est pas sûr que ce dernier partage les craintes de l’Institut d’émission. Lors de la présentation des prévisions conjoncturelles du Seco pour 2013, le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann a ainsi déclaré ne pas croire à l’émergence d’une situation de surchauffe sur le marché immobilier.


Il se peut que l’insistance, de plus en plus pressante, avec laquelle la BNS marque sa préoccupation finisse par convaincre le Conseil fédéral de la nécessité d’agir. Il se peut aussi, plus prosaïquement, que l’empressement du directoire de la Banque nationale à faire part de ses inquiétudes soit surtout là, comme le suggérait récemment un confrère alémanique, pour lui permettre de se défausser de toute responsabilité dans l’éventualité où le pire deviendrait probable. Il n’en reste pas moins que les limites de l’indépendance d’une banque centrale, y compris en Suisse qui s’en est si souvent vantée, apparaissent ici très clairement.

16:01 Publié dans Banques, Monnaie, Zone euro | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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