17/12/2012

Comment faire payer la relance aux Allemands...

Le propre des situations de crise est que l’argent manque alors que l’épargne abonde. C’est en raison de ce paradoxe, relevé par le génial Keynes aujourd’hui tant décrié, que l’Etat devrait se substituer à la demande privée défaillante en dépensant davantage pour compenser le trop plein d’épargne des ménages (et des entreprises). Mais comment accroître encore la consommation et l’investissement publics lorsque les caisses sont vides et la pression fiscale trop élevée ? Le dilemme ne date pas d’hier; il est même à peu près aussi vieux que le monde, tant il est vrai que princes et évêques ont toujours été à court de trésorerie pour payer leurs armées et bâtir leurs cathédrales.


Les dépenses publiques d’aujourd’hui sont peut-être moins somptuaires, mais elles sont toujours aussi difficiles à financer. Pourquoi, dès lors, ne pas revenir aux bonnes vieilles méthodes consistant non pas à pressurer l’honnête contribuable (ou traquer jusqu’au fin fond des paradis fiscaux celui qui l’est moins), mais bien plutôt à faire vibrer sa corde sensible du côté du porte-monnaie ?

Dans un essai paru il y a quelques années, l’historienne française Elisabeth Belmas rappelait ce mot de Casanova au roi de Prusse Frédéric II : «Il y a trois espèces d’impôts par rapport aux effets, l’une est ruineuse, l’autre nécessaire, malheureusement, et la troisième toujours excellente». Cette troisième, c’est la loterie, «modèle de contribution volontaire, populaire et florissante».

L’espérance du gain tombant du ciel pour peu qu’on sollicite le hasard continue d’attirer les foules vers les loteries en tous genres. Joué pour la première fois le 13 février 2004, l’Euromillion est ainsi devenu la plus grande loterie européenne, avec quelque 200 millions de parieurs chaque semaine. En Suisse et pour la seule année 2010, notait l’Office fédéral de la justice, pas moins de 2,723 milliards de francs ont été dépensés en paris et loteries. Et dans son rapport annuel pour 2011, la commission fédérale des maisons de jeu relève que l’impôt sur les casinos a rapporté 419 millions, dont 360 sont allés au fonds de compensation de l’AVS. Il s’agit sans doute là de la moins disputée des sources de recettes pour notre système de prévoyance.

Plus noble financièrement parlant, la formule des emprunts publics à lots semble curieusement tombée en désuétude. Elle fonctionnait pourtant sur un ressort assez semblable, savoir l’espérance des souscripteurs de tels emprunts d’être favorisés par la chance. Pourquoi donc les Européens à court de ressources ne la ressusciteraient-ils pas à grande échelle, convainquant par là les contribuables allemands, rétifs à l’idée d’aider les Grecs mais champions des mises en tout cas sportives, qu’il y a là matière à la fois à gagner et à faire acte de solidarité…

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