10/12/2012

Les cartels salariaux – car c’en sont – sont en effet aussi tabou que les conventions collectives

L’industrie de la construction ne compte pas au nombre des activités à forte valeur ajoutée, mais elle réussit néanmoins, chez nous en tout cas, à se hisser au niveau de branches offrant des rémunérations convenables. Selon la Société suisse des entrepreneurs, le salaire mensuel moyen du maçon atteint aujourd’hui 5918 francs, payés treize fois. En 2010, note l’Office fédéral de la statistique, le salaire mensuel brut d’un travailleur de la construction de niveau de qualification 3 («Connaissances professionnelles spécialisées»), niveau qui correspond donc à celui du maçon, s’élevait à 5729 francs, loin certes des salaires versés dans les activités financières et d’assurances pour un niveau de formation comparable (7195 fr.), mais bien plus que dans l’hôtellerie et la restauration (4215 fr.) ou le commerce et la réparation d’automobiles (4957 fr.).


 

 

En dépit de cette situation relativement enviable ou plutôt en raison d’elle, les milieux syndicaux, suivis par une assez confortable majorité de parlementaires, réclament avec insistance des mesures spéciales de protection contre ce qu’ils appellent le dumping salarial auquel seraient exposés les travailleurs du bâtiment du fait de la libre circulation des personnes.

 

Activité par nature domestique, la construction ne souffre pas du franc fort et n’est pas menacée par les délocalisations. Tout au plus est-elle exposée aux aléas de la conjoncture, qui pour l’instant ne semble pas l’affecter trop sévèrement. C’est à peine si le chômage y est plus élevé que dans d’autres secteurs. Mais alors que dans le reste de l’économie l’ouverture des marchés s’est accompagnée d’une pression généralisée sur les prix et sur les marges bénéficiaires, coûts et salaires de la construction ont poursuivi leur bonhomme de chemin… et attiré évidemment ici et là des prestataires de l’étranger, plus ou moins indépendants, mais surtout beaucoup moins chers.

 

Personne, au risque de se faire huer, ne se hasardera à remettre en cause la protection tarifaire dont bénéficient les travailleurs du bâtiment au même titre d’ailleurs que ceux de la plupart des autres secteurs. Les cartels salariaux – car c’en sont – sont en effet aussi tabou que les conventions collectives qui les instaurent au vu et au su d’une législation sur la concurrence qui les a soigneusement épargnés, en Suisse comme dans les autres pays au demeurant. Les mesures d’accompagnement, écrivait récemment le service de presse de l’USS, «doivent faire en sorte qu’en Suisse ce sont des salaires suisses qui sont versés».

 

Il est tout de même piquant, constatait l’autre jour un confrère de la NZZ, que ce sont à peu près les mêmes qui réclament le contraire, savoir des prix étrangers plutôt que des prix suisses pour les biens et services que la Suisse importe.

 

Le libéralisme à la sauce helvétique est décidément à géométrie variable.

 

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