03/12/2012

Franc fort: une Suisse sous surveillance

Les rapports au Congrès du Département américain du Trésor ne regardent en principe qu’eux, mais les paragraphes consacrés aux politiques de change suivies dans certaines régions du monde sont lus avec une attention toute particulière en ces temps difficiles, où chaque pays exportateur soupçonne l’autre de manipuler sa monnaie. L’ordre alphabétique fait que la Chine, suivie du Japon et de la Corée, est la première à être soumise à la question. Mais une place en vue est également accordée depuis quelques années à la Suisse, pour la raison principale qu’elle est, soulignent cette fois-ci les scrutateurs du Trésor, le seul pays avancé à gérer le taux de change de sa monnaie (the only advanced economy to have a managed exchange rate).


 

Il n’est pas reproché à la Suisse d’avoir rompu avec la règle en principe intangible du non-activisme en matière de change puisque, admet Washington, elle est frappée «de manière disproportionnée» par la crise européenne, et que sa monnaie est sujette à des «variations désordonnées». Mais de la compréhension indulgente à la stigmatisation d’une infraction répétée (les interventions systématiques de la BNS remontent à la fixation d’un cours plancher le 6 septembre 2011), il n’y a qu’un pas que certains pays pourraient ne pas hésiter à franchir dans un contexte qui ressemble furieusement à une guerre des monnaies.

La défense du franc n’est donc pas dépourvue d’effets retors. There is no free lunch aiment à répéter les économistes anglo-saxons. De fait, le maniement de la politique monétaire à des fins conjoncturelles – ici par le biais du taux de change mais pas seulement – n’est pas gratuit. Outre les risques de rétorsion en provenance de l’étranger il y a les conséquences, potentielles, d’un brassage général des cartes entre bénéficiaires et victimes d’une situation monétaire inédite. Non seulement un taux de change qui se déprécie face à d’autres monnaies du fait de l’arrimage du franc à un euro faiblard prend les importateurs à contre-pied, mais encore, et surtout, des taux d’intérêt extrêmement bas engendrent toute une série de conséquences plus ou moins agréables pour un large éventail de secteurs de notre économie. Les uns gagnent (surtout les débiteurs), d’autres perdent, au premier rang desquels les épargnants, mais aussi les banquiers, les assureurs, les caisses de pensions.

Le censeur américain se garde bien d’intervenir dans les affaires intérieures d’un aussi petit pays, son collègue d’à côté – l’IRS – s’en chargeant à sa manière. Mais d’autres, encore une fois, n’auront peut-être pas cette délicatesse. Il est donc de la plus haute importance pour la Banque nationale suisse de réaffirmer sans cesse sa détermination, mais aussi de préparer le retour à la normale, qui engendrera force pleurs et grincements de dents.

16:02 Publié dans Banques centrales, Monnaie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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