19/11/2012

France bombe à retardement? Allons enfants de la patrie...

 

Piquée au vif par une couverture de The Economist qui l’assimile à une «bombe à retardement au cœur de l’Europe», la France s’est dressée comme un seul homme, de sa gauche jusqu’à sa droite, pour écarter le reproche qui lui est fait de représenter, par sa réticence à s’engager dans de véritables réformes, le risque numéro un au sein de la zone euro.

 

 


Ce qui est vrai, dans l’analyse que l’hebdomadaire britannique livre du mal français, c’est que, à en juger par les principaux paramètres macroéconomiques à l’aune desquels se mesure la performance d’une économie, la France perd régulièrement du terrain sur les marchés mondiaux et s’enfonce dans les déficits. En cause, il y aurait les coûts du travail, l’absence d’un véritable tissu industriel de petites et moyennes entreprises, et un poids excessif de l’Etat, dont la part au PIB, tous prélèvements obligatoires compris, dépasse les 50%. Tout cela est juste, mais n’explique que partiellement le recul relatif de la deuxième économie européenne. Dans la même configuration, la France a connu, avant la crise et même au début de celle-ci, une performance supérieure à la moyenne et lui a offert une résistance, bancaire notamment, qu’aucun de ses partenaires n’a connue.

En fait, c’est moins le poids des charges sociales, certes élevées, que les singularités d’un code du travail particulièrement tortueux et décourageant pour l’entreprise qui expliquent la persistance d’un chômage élevé et le manque de compétitivité généralement imputés à l’économie française. L’omniprésente référence au rôle dévolu sous l’égide de l’Etat aux partenaires sociaux, héritage du gaullisme voire au-delà, réserve aux syndicats une capacité de blocage sans commune mesure avec leur représentativité réelle, qui est, comme on sait, plus faible que presque partout ailleurs.

Quant au poids du secteur public, il est moins celui de l’administration centrale – certes important mais trop souvent surestimé – que celui des collectivités locales, produit d’une décentralisation mal conduite, et surtout celui de la sécurité sociale, plombée par les coûts de l’assurance maladie et des engagements de retraites qui ne pourront être tenus.

Cela étant, on aurait tort de sous-estimer le potentiel productif de l’économie française, qu’une politique de redressement intelligemment conçue pourrait valoriser bien plus rapidement et plus efficacement que celle que des pays moins centralement dirigés n’ont pas le pouvoir de mettre en œuvre. On pense ici moins aux promesses d’un «ministre du redressement productif» au verbe fort qu’à l’action d’un gouvernement qui serait prêt à réformer en profondeur la machinerie de l’Etat.

Mais il faudrait pour cela un courage que l’on ne sent pas, ou en tout cas pas encore, dans l’équipe actuelle.

17:08 Publié dans Démocratie, Dette, Finances publiques | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Excellente analyse. Comme d'hab. Je me souviens d'un jour au ski, en 2009-2010, où je faisais remarquer la bonne résistance de la France au choc de la crise de 2007 à un ami britannique, cadre bancaire à Genève. Nous convinmes que c'était le bon côté de l'étatisme qui lui permettait d'amortir le choc.
D'un autre côté, j'ai été frappé de constater combien même les frontaliers et leurs organisations, qui pourtant bénéficient tous les jours de la flexibilité du système genevois, une fois rentrés chez eux, le soir, dans les réunions politiques et autres refusent mordicus de le comprendre. Ils restent convaincus du bien-fondé de la surprotection du travailleur à la française, sans comprendre qu'elle décourage l'entrepreneur, donc l'emploi et que même les 35 h aboutissent à un rush pour l'employé qui péjore ses conditions de travail. Même un vice-président du MODEM, Benhamias en l'ocurrence, me confiait qu'il était d'accord avec mes idées, sauf sur ce point des lois sur le travail. On n'est pas rendus.... Et la dernière fois qu'un gouvernement français a tenté d'agir dans ce sens, c'était Villepin, avec le CPE, sous Chirac. Celui qui l'a tué, en tuant le CPE au passage, s'appelait Sarkozy et est devenu Président de la République. Cherchez l'erreur. Il y a heureusement des cadres et des amis du PS à très haut niveau, y compris à Genève, dans les Organisations Internationales, qui sont pleinement conscients du phénomène. Puissent-ils être entendus.

Écrit par : Philippe Souaille | 20/11/2012

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