05/11/2012

La niçoise de la Banque nationale

Au troisième trimestre, les réserves officielles de la Banque nationale suisse ont augmenté de quelque 70 milliards de francs. Le bond est spectaculaire même s’il est inférieur, presque de moitié, à celui qui avait marqué le deuxième trimestre (128 milliards). Car il porte la progression des réserves de la BNS à plus de 181 milliards sur un an (+54%), et en rapproche ainsi le total (492 milliards à fin septembre) de l’équivalent du produit intérieur brut d’une année entière, lequel atteindra probablement 600 milliards pour 2012. Peu de pays connaissent pareille dilatation de leurs réserves officielles, et la Suisse est sans doute aujourd’hui celui qui en détient le plus en proportion de son PIB.


Trois fois supérieure à ce que le FMI considère comme une valeur «optimale» (30%), cette proportion résulte comme on sait de la fixation par la BNS d’un cours plancher du franc par rapport à l’euro, qui l’a obligée à certaines reprises, et notamment le printemps dernier, à des interventions massives sur le marché des changes. Mais contrairement à ce qu’on pourrait penser, les réserves de devises de notre Institut d’émission ne sont pas, ou plutôt ne sont plus, majoritairement composées d’euros. Elles l’ont été, à plus de 70%, vers le milieu de 2010, et sont redescendues depuis à moins de 50%. On retrouve ainsi la part qui était la leur juste avant la crise.

Ces variations ne sont pas l’effet du hasard. Elles s’expliquent par une gestion des devises visiblement devenue beaucoup plus active. Après chaque épisode d’intervention massive, on devine la volonté de la BNS de réduire ses positions, et si possible de les diversifier, comme cela est ressorti de manière particulièrement frappante au cours du troisième trimestre, puisque les placements en euros ont diminué alors de l’équivalent de près de 9 milliards de francs pendant que le total des placements de devises augmentait de 64 milliards, du fait surtout des avoirs en dollars (+50% à 118 milliards) et en livres sterling (+140% à 29 milliards). Autre changement d’importance, la BNS accroît sensiblement ses placements sous forme de titres (créances et participations) d’émetteurs étrangers, au point que ceux-ci représentent désormais les quatre cinquièmes de ses réserves de devises.

On a pu, comme Standard & Poor’s en septembre dernier, laisser entendre que la BNS influençait ainsi le marché de la dette européen, en accumulant jusqu’à 50% des obligations émises par les «bons» débiteurs souverains (Allemagne, France, Finlande, etc.) et en contribuant de la sorte à faire baisser les taux auxquels ces Etats pouvaient emprunter. On pourrait aussi, en forçant le trait, suggérer que notre Banque nationale concourt, en vendant l’euro contre d’autres monnaies, à faire baisser son cours, et donc celui du franc, puisque celui-ci lui est irréductiblement lié par le taux plancher…

 

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Commentaires

Bonsoir Monsieur,

Merci pour ce billet, très intéressant comme d’habitude !

Cette énorme réserve de devises ne pourrait-elle pas être partiellement convertie en fonds souverains d'investissement, selon une politique de placement à définir par la BNS, ceci afin de promouvoir les intérêts économiques de la Suisse, à l'image de ce que fait la Norvège sauf erreur ?

Je comprends parfaitement que la BNS ait besoin de devises diversifiées, en grandes quantités et disponibles rapidement pour pouvoir agir sur le marché des changes, mais pas à hauteur de 492 milliards me semble-t-il ?

Merci de votre réponse et cordiales salutations !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 05/11/2012

L'idée a été caressée par certains politiciens et même quelques banquiers privés. Intéressante a priori, elle se heurte toutefois à des objections assez fondamentales: incompatibilité avec l'indépendance et la liberté de manœuvre de la BNS, avec les principes de base de la politique monétaire, etc.
Au surplus mettons-nous une fois pour toutes dans la tête que le rôle d'une banque centrale n'est pas de devenir propriétaire d'actifs productifs, mais uniquement de gérer la quantité de monnaie de manière à assurer la stabilité des prix (et plus récemment la stabilité financière). Or l'administration d'un portefeuille (devenu lourd) de devises placées en titres étrangers suppose pour cela qu'ils soient facilement mobilisables, ce qui ne serait pas le cas d'un fonds souverain.

Écrit par : Marian Stepczynski | 06/11/2012

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