29/10/2012

Nos grandes banques se ratatinent

Au temps de leur splendeur, quand elles avaient pour objectif déclaré de se maintenir dans le top ten des géants bancaires internationaux, nos deux grandes banques valaient effectivement leur pesant d’or. A mi-2006, la capitalisation boursière d’UBS flirtait avec les 150 milliards de francs, celle de Credit Suisse Group dépassait les 85 milliards. Ce qui les plaçait, respectivement, au troisième et neuvième rang mondial, dans les parages, pour fixer les idées, d’une HSBC ou d’une Société Générale. La première représentait à elle seule 12,5% de la capitalisation totale de la Bourse suisse, la seconde, un peu plus de 7,3%.


 

La quasi totalité des banques actives en Suisse souffrent également, les unes du marasme conjoncturel, d’autres de la faiblesse des taux d’intérêt et des marchés financiers, toutes, enfin, de la volatilisation du secret bancaire. Mais aucune – sauf les petites banques de gestion de fortune condamnées à disparaître – n’est soumise à pareille cure d’amaigrissement. Or nos deux grandes banques, même rapetissées au tiers de leur valeur d’antan, demeurent à plusieurs égards d’importance systémique, comme disent les régulateurs. Elles assurent, à parts sinon égales du moins voisines de celle du géant financier bientôt bancaire qu’est PostFinance, le trafic des paiements dans l’ensemble du pays, et dominent sans conteste les autres opérations bancaires, des crédits hypothécaires ou commerciaux à la gestion d’actifs en passant par la distribution de produits plus ou moins structurés. Bref, rien de ce qui touche, de près ou de loin, à la finance n’échappe à leur influence, et à leur destinée.

Six années et une crise financière plus tard, nos deux grandes banques ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes: UBS ne vaut désormais guère que 30% de son poids de 2006, CS Group, 31%. Contraintes par l’autorité de surveillance et la Banque nationale suisse à relever leurs fonds propres au niveau des exigences de Bâle III, toutes occupées également à redresser des comptes d’exploitation sérieusement mis à mal par leurs déboires dans le secteur de la banque d’affaires, elles annoncent des résultats qui demeurent misérables en regard de leurs performances passées: quelques centaines de millions par trimestre, quand elles arboraient naguère plusieurs milliards pour les mêmes périodes.

Aussi lorsque, demain mardi, UBS annoncera ses résultats trimestriels et un nouveau redimensionnement de ses activités (vraisemblablement dans l’«investment banking» et dans son «Corporate Center»), c’est toute la banque suisse qui tremblera. Des milliers d’emplois supplémentaires pourraient prochainement disparaître, à l’étranger surtout, mais aussi dans les filiales, agences et succursales domestiques, préfigurant le sort que d’autres établissements risquent à leur tour de connaître.

Marian Stepczynski

 

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