15/10/2012

La prospérité de la Suisse est gentiment en train de s’éroder

Comment dire. J’ai le sentiment (mais j’espère me tromper !) que la prospérité de la Suisse est gentiment en train de s’éroder, et que les Suisses vont devoir accepter, nolens volens, un certain abaissement de leur niveau de vie. Cette vision des choses peut paraître surprenante, tant les signes positifs sont au contraire nombreux : meilleur classement sur l’échelle planétaire de la compétitivité, nombre de brevets par habitant le plus élevé au monde, chômage plus bas que presque partout ailleurs, inflation quasi nulle, dette publique globalement insignifiante… Les faits sont pourtant têtus, et des tendances de long terme commencent à se dessiner qui ne portent pas à l’optimisme...


En gros et pour faire court, la Suisse ne peut rester complètement étanche à la crise mondiale. Elle s’en est jusqu’ici plutôt bien sortie, par ses mérites propres d’abord, par un art consommé à profiter du bonheur et des malheurs des autres ensuite, en se comportant en passager clandestin – au sens économique du terme. C’est-à-dire en tirant parti du vaste marché européen sans pour autant rejoindre l’UE, jouant longtemps sur la subtile distinction établie par ses jurisconsultes entre fraude et évasion fiscale pour échapper à la sanction étrangère, taxant peu les sociétés auxiliaires pour mieux profiter de leurs choix de domiciliation à l’aulne de seuls critères fiscaux, triant entre bons et mauvais immigrants (elle n’est pas la seule, c’est vrai !) en fonction stricte de ses besoins de main-d’œuvre.  Mais comme toujours, les meilleures choses ont une fin. Sous la pression d’infiniment plus gros qu’elle, la Suisse va devoir renoncer à la plupart de ces exceptions, et s’aligner sur des standards internationaux qui risquent de gommer une bonne partie de ses avantages comparatifs. Elle ne peut non plus ignorer plus longtemps les effets redistributifs du vieillissement démographique sur les systèmes de prévoyance, ainsi que l’Etat de Genève – à l’instar de beaucoup d’autres – en fait la découverte, lui dont le budget, lourdement grevé par l’assainissement de ses caisses publiques, sombre dans les chiffres rouges. Même la défense du cours plancher de 1.20 franc par la Banque nationale, à bien des égards salutaire et largement approuvée dans l’opinion, concourt il faut le dire à ce début d’appauvrissement. Car si la défense résolue d’un taux de change commercialement supportable sauve des emplois et protège de la déflation, elle signifie aussi que nous travaillons plus pour un même résultat, en ce qu’elle nous expose, vis-à-vis de l’extérieur, à des termes de l’échange moins favorables. Bien sûr, il y a, comme on dit, encore de la marge. Mais cette marge se rétrécit et rend problématique la réalisation de projets dont on réalise soudain l’urgence, tel le développement d’infrastructures – ferroviaires notamment – trop longtemps oubliées

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Commentaires

La prospérité de la Suisse est entrain de s'éroder parce que la Suisse est de moins en mois suisse et de plus en plus le monde. C'est comme en peinture plus vous mélanger les couleurs et plus vous perdez d'intensité. Toutes les couleurs sont belles prises séparément c'est comme les cultures mais toutes mélangées le résultat est therne. Essayons de garder quelques pots encore intacts pour l'exemple.

Écrit par : norbert maendly | 15/10/2012

Bonjour,

Je ne pense pas que la prospérité de la Suisse soit en train de s'éroder en raison d'une contamination économique due à la "crise" européenne. Contrairement aux pays signataires du Traité de Lisbonne, dont l'article 123 interdit formellement aux banques centrales de créer de la monnaie (ce que faisait la Banque de France avant la loi Rothschild du 3 janvier 1973), la Suisse crée sa propre monnaie ex-nihilo (l'astuce comptable du bilan est oiseuse). C'est ce que le chef économiste de l'UBS, Andreas Höfert, a très clairement confirmé dans la TG du 11 novembre 2011 dans les termes suivants: "La BNS ne peut pas faire faillite puisqu'elle a la capacité de créer de la monnaie ex-nihilo". La Suisse, par ses achats d'obligations d'Etat européennes, joue le rôle de banque centrale européenne sans rien perdre "de sa poche". Ces obligations -sauf revente improbable car pourries- ne peuvent pas entrer dans la masse fiduciaire et donc ne peuvent pas être inflationnistes. (http://dbloud.free.fr/limposturemonetaire.htm)

Écrit par : M. Denis Bloud | 17/10/2012

N'engageant que moi, je me permets juste d'ajouter à l'analyse limpide de M Bloud, que je rejoins entièrement, que le risque inflationniste n'est pas négligeable, lorsque l'euro est au plus bas, une vente massive du franc suisse sur le marché des changes, et la capacité alors de ls BNS d'éponger ces liquidités à grands jets d'euros.

Écrit par : Chuck Jones | 17/10/2012

Bonsoir,

Presque 1 millions de pauvres en Suisse d'après la TDG, personne n'en parle? Plus de 10% de la population!

Pourquoi cette omerta ? La Suisse, ou plutôt les Suisses devront se serrer la ceinture malgré de bons résultats économiques c'est bizarre non?

Écrit par : Pierre NOËL | 17/10/2012

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